Le Sénégal a fait d’importants efforts ces dernières années pour assurer une meilleure couverture en électricité à ses populations, mais ces efforts doivent être maintenus dans la durée pour atteindre l’accès universel à l’horizon 2029. C’est l’un des enseignements du rapport « Electricity 2026 », publié le 6 février par l’Agence internationale de l’énergie (AIE).
Des avancées tangibles et une nouvelle génération de projets
Selon l’AIE, environ 84% de la population sénégalaise avait accès à l’électricité en 2024. S’il s’agit déjà de l’un des chiffres les plus élevés de la sous-région ouest-africaine, le pays s’est fixé un objectif ambitieux. Celui d’accroître le taux d’accès d’environ 2,9% par an et d’atteindre la couverture totale du territoire en 2029, soit un an avant la cible internationale de 2030. Dans ce cadre de la nouvelle Lettre de Politique de Développement du Secteur de l’Énergie (LPDSE) 20252029, qui remplace le plan 2019 2023, les autorités ont lancé un programme de transition énergétique pour renforcer les capacités de production d’énergie renouvelable, tout en recourant au gaz comme combustible de transition.
Historiquement dominée par des centrales au fioul lourd et au diesel, la production d’électricité devrait intégrer une part croissante de cette énergie. La contribution du gaz dans la génération d’électricité est appelée à passer de moins de 1% en 2025 à environ 30% en 2030. Cette bascule repose sur la stratégie « Gastopower », adossée à l’entrée en production de champs gaziers offshore, notamment Greater Tortue Ahmeyim (GTA), à la frontière avec la Mauritanie, et Sangomar. En 2025, la Société nationale d’électricité (SENELEC) a entrepris des investissements pour la conversion des unités de production thermique au fioul lourd (HFO) ou au charbon vers le gaz naturel, une démarche qui a déjà touché la centrale de Bel Air (335 MW).
Dans le même temps, l’AIE souligne que la part de l’électricité issue des énergies renouvelables devrait atteindre 22 % en 2030, grâce à plusieurs projets structurants lancés ou en développement. Il y a par exemple de la centrale solaire de 16 MW couplée à un système de stockage par batteries de 10 MW/20 MWh, mise en service en 2025, ou encore le lancement des travaux de construction du projet NEO Kolda, combinant 60 MW solaires et 20 MW de puissance de batterie pour 72 MWh de stockage. Ces efforts sont complétés par des investissements dans les infrastructures de transport et de distribution.
« Le poste 225/30 kV de Diass, mis en service en 2025, est appelé à jouer un rôle central, puisqu’il doit alimenter plus de 60 % de la demande nationale, notamment dans la région de Dakar et dans les zones en pleine expansion autour de l’aéroport et des pôles industriels », indique l’organisation.
Des défis à relever
Malgré ces perspectives, l’atteinte de l’accès universel reste un chantier complexe, à la fois technique, financier et institutionnel. Le premier défi se trouve dans le déséquilibre persistant entre le milieu urbain et celui rural. Si la couverture est jugée complète dans les zones urbaines, les zones rurales connaissent en effet du retard avec un taux d’accès d’environ 66 %. Cela implique de cibler les zones les plus enclavées, souvent dispersées et à faible densité de population.
Selon l’AIE, l’autre chantier concernera la réponse à la demande. Dans le pays, la consommation d’électricité a progressé de 22% en glissement annuel en 2025. Avec une croissance attendue de 8% par an entre 2026 et 2030, le système doit être en mesure de suivre, non seulement en termes de capacité de production, mais aussi de transport et de distribution.
En outre, la montée en puissance du gaz et des énergies renouvelables devra s’accompagner d’investissements soutenus dans l’électrification hors réseau et les miniréseaux solaires. En décembre dernier, la plateforme des acteurs de la société civile avait plaidé pour des solutions d’électrification décentralisées, afin de compléter la transition énergétique en cours. D’après l’AIE, environ 30% des nouvelles connexions électriques à réaliser d’ici 2030 devront provenir de miniréseaux et de systèmes hors réseau, en complément de l’extension des réseaux électriques existants.