En campagne, le voyage en Algérie est un passage obligé pour beaucoup de candidats qui aspirent à l’Élysée, question d’héritage historique. On se souvient de la visite d’Emmanuel Macron en février 2017, et de sa sortie sur la colonisation, « crime contre l’humanité ». C’est la première déclaration qui lui a valu, en France, le procès en repentance qui lui colle toujours à la peau. Dix ans plus tard, quels présidentiables seront accueillis à Alger ? Pas sûr qu’ils soient très nombreux, étant donné le degré de crispation sur ce sujet. À droite et au centre, les trois principaux concurrents – Édouard Philippe, Bruno Retailleau et Gabriel Attal – ont tous appelé à revenir sur l’accord de 1968, le maire du Havre en premier. Cette dénonciation, un argument de longue date du Rassemblement national et une ligne rouge à gauche, compte donc de plus en plus de relais parmi les partis de gouvernement. Notre rapport à l’Algérie et le devenir de cette relation tourmentée sera l’un des points de clivage majeurs de la présidentielle. Emmanuel Macron l’a bien compris, et fait tout pour obtenir des résultats sur ce terrain – la libération du journaliste Christophe Gleizes en tête – d’ici sa fin de mandat. En témoignent ses efforts pour relancer la relation bilatérale, au point mort depuis que la France a reconnu la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental. Ses propos sur les « mabouls », à ses yeux les tenants du rapport de force, s’inscrivent dans cette logique. Après la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo, le garde des Sceaux Gérald Darmanin se rend sur place ce lundi, tandis que le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, doit accueillir son homologue. Avec la présence de centaines de milliers de ressortissants sur notre sol, des millions de citoyens binationaux, fermer le canal paraît de toute façon un chemin hasardeux.