une vue du Maroc d’aujourd’hui. Casablanca.

Dans cette note d’analyse publiée par le think tank américain *Stimson Center, les chercheurs Lana Bleik, Hafed Al Ghwell et Yusuf Can dressent un état des lieux stratégique du Royaume. Ce texte est une traduction et un résumé de leur rapport original en anglais, intitulé *Morocco Country Policy Report.

Le Maroc entame l’année 2026 en tant que puissance moyenne sophistiquée, occupant une position structurellement unique à l’intersection des sphères atlantique, méditerranéenne et sahélienne. Cessant d’être un simple État tampon pour la gestion des migrations européennes, le Royaume s’est imposé comme un acteur régional proactif et un ancrage de stabilité au carrefour de l’Europe et de l’Afrique. Sous la direction du Roi Mohammed VI, le pays a tiré parti de sa position géographique pour faciliter le commerce, l’investissement et la coopération sécuritaire à travers les continents, restructurant au passage l’architecture stratégique du Maghreb. Cette transition se traduit par le passage d’une plateforme manufacturière à bas coûts à un statut d’exportateur industriel de haute technologie, pionnier de l’énergie verte et pôle émergent de matériaux pour batteries. En devenant le plus grand constructeur automobile d’Afrique et en capitalisant sur ses importantes réserves de phosphates, le Maroc attire des investissements soutenus de l’Europe et du Golfe. Il se positionne ainsi comme une destination privilégiée de nearshoring dans le cadre des efforts occidentaux visant à réduire la dépendance vis-à-vis des chaînes d’approvisionnement asiatiques.
Sur le plan intérieur, cette dynamique s’accompagne d’un effort de consolidation sociale sans précédent. La réforme de la protection sociale lancée en 2021, qui vise à étendre la couverture médicale et les allocations familiales à l’ensemble de la population, représente l’initiative de politique publique la plus ambiante menée depuis une génération. Ce chantier historique constitue le socle du Nouveau Modèle de Développement (NMD), bien que sa viabilité budgétaire à long terme dépende encore de la capacité de l’État à formaliser l’économie et à générer des emplois durables pour la jeunesse. En parallèle, sur la scène internationale, Rabat déploie une politique étrangère décomplexée, qualifiée par les analystes de « transactionnalité stratégique ». Le Maroc conditionne désormais ses partenariats à un alignement rigoureux sur ses intérêts nationaux, au premier rang desquels figure la reconnaissance de sa souveraineté sur le Sahara occidental. À travers des alliances bilatérales fortes avec les États-Unis, la Chine et plusieurs États européens, combinées à une présence économique affirmée en Afrique subsaharienne, le Royaume cherche à consolider ses acquis diplomatiques.
Malgré cette trajectoire ascendante, le modèle marocain fait face à des vents contraires et à des vulnérabilités critiques qui freinent son élan. Le pays subit une pénurie d’eau historique qui menace l’équilibre agricole et la sécurité hydrique à long terme. À cela s’ajoutent un chômage des jeunes qui reste obstinément élevé, une vaste économie informelle et l’impasse géopolitique persistante avec l’Algérie voisine, qui fige l’intégration économique du Maghreb. En somme, le Maroc de 2026 incarne la résilience et l’agilité d’une puissance régionale en pleine mutation, dont la capacité à transformer ses succès macroéconomiques et diplomatiques en un développement socialement et écologiquement inclusif déterminera sa place définitive dans un ordre mondial de plus en plus compétitif.