Le garde des Sceaux Gérald Darmanin se rend à Alger ce lundi 18 mai. Un nouveau signe du fragile réchauffement diplomatique entre la France et l’Algérie, après plus de deux ans de crise. Le ministre de la Justice devient le troisième membre du gouvernement français à se rendre sur place depuis le début de l’année, après le déplacement du ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez mi-février, puis celui de la ministre déléguée aux Armées Alice Rufo lors des commémorations des massacres de Sétif le 8 mai. Cette séquence intervient quelques jours seulement après le retour à Alger de l’ambassadeur français Stéphane Romatet, rappelé à Paris en avril 2025 par Emmanuel Macron.
Dans le même temps, Laurent Nuñez a indiqué dimanche qu’il accueillerait prochainement à Paris son homologue algérien de l’Intérieur, Saïd Sayoud, « un signal très positif » que « la coopération sécuritaire se réinstaure progressivement », comme il l’a souligné dans La Tribune Dimanche.
DZ Mafia, OQTF et Christophe Gleizes
À Alger, Gérald Darmanin doit rencontrer son homologue Lotfi Boudjemaa afin d’évoquer plusieurs dossiers liés à la coopération judiciaire entre les deux pays, fortement ralentie ces derniers mois. Au programme de cette timide reprise des échanges, plusieurs dossiers sensibles liés à la sécurité et à la justice, notamment la lutte contre le crime organisé franco-algérien.
Paris souhaite retrouver davantage de coopération dans des enquêtes liées au banditisme et au trafic de drogue, en particulier autour de la DZ Mafia, cette organisation criminelle impliquée dans plusieurs règlements de comptes meurtriers. Gérald Darmanin sera d’ailleurs accompagné d’une délégation inédite de magistrats français, dont la procureure nationale anticriminalité organisée Vanessa Perrée et le procureur national financier Pascal Prache. La question des biens mal acquis devrait être abordée, tout comme celle des OQTF visant des ressortissants algériens. Le dossier d’un agent consulaire algérien placé en détention provisoire en France devrait être évoqué coté algérien.
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Enfin, le cas du journaliste français Christophe Gleizes : arrêté en mai 2024 alors qu’il enquêtait sur la Jeunesse sportive de Kabylie, un club de foot local, il y a été condamné pour « apologie du terrorisme ». Le dossier devrait lui aussi occuper une place importante dans les discussions entre les deux pays. Après avoir renoncé à se pourvoir en cassation dans l’espoir d’une grâce présidentielle, Christophe Gleizes a récemment reçu la visite du consul de France à Alger, Bruno Clerc.
À l’origine de la brouille franco-algérienne
La crise diplomatique avait éclaté à l’été 2024 après le soutien affiché par Paris au plan marocain d’autonomie du Sahara occidental « sous souveraineté marocaine », une position très mal perçue par Alger dans ce conflit qui l’oppose depuis des décennies avec son voisin. Elle s’était ensuite aggravée avec l’arrestation, en novembre 2024, de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal à Alger, figure critique du pouvoir algérien, avant qu’il ne soit finalement gracié en novembre 2025 par le président Abdelmadjid Tebboune, dans un geste interprété comme un signe d’apaisement entre les deux pays.
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Le réchauffement des relations s’explique aussi par le changement de ton adopté par Paris ces derniers mois. Les prises de position très dures de Bruno Retailleau lorsqu’il était ministre de l’Intérieur avaient accentué les tensions avec Alger. Son départ en octobre dernier a permis à Paris d’adopter une ligne plus pragmatique. Fin avril, Emmanuel Macron avait d’ailleurs dénoncé dans une pique à peine cachée envers son ancien ministre « tous les mabouls qui veulent se fâcher avec l’Algérie ». Le président français, qui arrivera vite au terme de son second mandat, devrait aussi profiter de la fin de cette brouille internationale qui aurait pu peser sur la future campagne française de son parti. Aucune rencontre entre Gérald Darmanin et le président algérien Abdelmadjid Tebboune n’est officiellement prévue, mais cette possibilité reste ouverte.