En Côte d’Ivoire, la consommation de produits carnés est l’une des plus importantes d’Afrique de l’Ouest. Face à la croissance des achats de viande de bœuf et de porc, les autorités veulent renforcer l’offre intérieure.
En Côte d’Ivoire, le ministère des Ressources animales et halieutiques (MIRAH) a signé le 8 mai un accord stratégique avec la Compagnie de développement des vallées du São Francisco et du Parnaíba (Codevasf), une entreprise brésilienne spécialisée dans le développement intégré du secteur primaire.
Ce partenariat devait permettre à la première économie de l’UEMOA de profiter de l’expérience de l’organisme public pour moderniser et industrialiser les filières animales et halieutiques, en travaillant à la fois sur l’aménagement du territoire, la structuration des chaînes de valeur et la gestion intégrée des ressources.
Fondée en 1974, la Codevasf a pour mandat principal d’utiliser les ressources en eau et en sols des vallées du São Francisco et du Parnaíba pour développer l’agriculture irriguée, l’élevage et les activités agroindustrielles, directement ou via des partenariats publics et privés.
« Cette coopération stratégique devrait contribuer durablement au renforcement de la sécurité protéique des populations, tout en positionnant la Côte d’Ivoire comme un pôle régional d’excellence dans le domaine des ressources animales et halieutiques », souligne un communiqué publié sur le site du MIRAH.
Une référence mondiale
Plus globalement, l’objectif affiché est de s’inspirer des bonnes pratiques en vigueur dans le pays le plus peuplé d’Amérique du Sud, qui ont porté leurs fruits. En effet, le Brésil est aujourd’hui l’un des poids lourds incontestés du marché mondial de la viande avec la Chine et les USA.
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Il figure parmi les tout premiers producteurs mondiaux de protéines animales, avec une production totale de viandes (bovine, porcine, avicole) qui devrait atteindre plus de 32 millions de tonnes en 2026 dont environ 10,6 millions de tonnes de bœuf, 15,9 millions de tonnes de poulet et 5,8 millions de tonnes de porc, selon des prévisions officielles datant de septembre 2025. Le pays est aujourd’hui le premier exportateur mondial de viande de bœuf et pèse pour le tiers des exportations de viande de poulet.
Cette performance repose sur une combinaison d’atouts naturels (climats favorables et vastes pâturages) mais aussi des institutions techniques qui ont investi dans la recherche agronomique pour adapter races, fourrages et systèmes d’élevage aux conditions tropicales et améliorer les performances zootechniques (croissance, conversion alimentaire, prolificité).
Un marché intérieur des produits carnés en expansion
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais de bâtir une industrie locale plus compétitive. La combinaison d’une urbanisation rapide et de la hausse des revenus a fortement stimulé la demande en viande au cours de la dernière décennie et les importations. Les achats sont passés de 107 700 tonnes pour 51,6 milliards FCFA (78,6 millions d’euros) en 2015 à 194 100 tonnes pour près de 100 milliards FCFA (152 millions d’euros) en 2024, d’après les données des Douanes ivoiriennes.
Si ce volume représente près de 50% de la consommation nationale, les acteurs ivoiriens devront renforcer leur capacité de production afin de couvrir une part croissante de la demande intérieure et mieux saisir les opportunités offertes par l’expansion du marché.
Selon les prévisions du Département américain de l’agriculture (USDA), le marché ivoirien des produits carnés devrait valoir 2,2 milliards de dollars d’ici 2027 (1,89 million d’euros) contre 1,5 milliard de dollars estimé en 2022, porté par une consommation par tête, qui grimpera de 31 kg à 35 kg sur la période.
Dans le pays, la filière porcine figure parmi celles appelées à se développer le plus fortement avec l’appui brésilien, dans un contexte où près de 80% de la demande est satisfaite par les importations. La demande urbaine en viande de porc et produits dérivés progresse fortement, mais la production locale peine actuellement à suivre, en raison de contraintes génétiques, sanitaires, alimentaires et d’un déficit d’investissements. Entre 2019 et 2023, les importations de viande porcine et produits dérivés sont passées d’environ 55 700 tonnes à plus de 121 000 tonnes, soit une croissance annuelle moyenne de plus de 20% selon des données compilées par la FAO.