Le gouvernement éthiopien et la Banque européenne d’investissement (BEI) ont annoncé, début février, la signature d’un accord de prêt de 110 millions d’euros pour soutenir le Rural Finance and Development Project, une initiative visant à renforcer l’accès au financement des micro-entreprises et petites entreprises rurales, moteur essentiel d’une économie agricole encore prédominante. L’accord marque, selon le communiqué officiel, « un renforcement significatif du partenariat de longue date entre l’Éthiopie et la Banque européenne d’investissement ».
Concrètement, le projet vise à « améliorer l’accès au financement pour les micro-entreprises et les petites entreprises, afin de promouvoir des pratiques agricoles et économiques durables dans toutes les régions ». Les fonds seront canalisés par la Development Bank of Ethiopia, qui les redistribuera aux institutions financières rurales, notamment les institutions de microfinance et les coopératives.
L’architecture financière du programme repose sur un montage élargi. Le Fonds international de développement agricole (FIDA) apporte un cofinancement comprenant une subvention de 35,1 millions USD (environ 29,5 millions d’euros) et un prêt de 4,8 millions USD (environ 4 millions d’euros). À cela s’ajoute un appui de l’Union européenne sous forme de subvention d’assistance technique de 8,5 millions d’euros, et d’une autre subvention de 8,26 millions d’euros, mise en œuvre par le FIDA.
Le dispositif vise à structurer durablement le financement rural dans un pays où l’agriculture demeure le principal pourvoyeur d’emplois. En facilitant l’accès au crédit pour les petits exploitants, les coopératives et les micro-entrepreneurs, Addis-Abeba cherche à soutenir la modernisation des pratiques agricoles, la résilience face aux chocs climatiques et l’intégration progressive aux chaînes de valeur.
Ce prêt s’inscrit dans un contexte de renforcement des relations entre Addis-Abeba et l’Union européenne. Après les tensions liées au conflit au Tigré et le gel partiel de certaines aides budgétaires, les deux parties ont progressivement relancé leur coopération. En 2025, Bruxelles a adopté un plan d’action annuel de 90 millions d’euros dans le cadre de sa stratégie Global Gateway, destiné notamment à soutenir la gouvernance foncière, la préservation des écosystèmes, l’autonomisation économique des femmes et la gestion des migrations dans le pays Est-africain. Cette approche coordonne les instruments financiers de l’organisation, des États membres et d’institutions comme la BEI, dont les engagements en Éthiopie se chiffraient à 490 millions d’euros en 2023.
Le nouveau prêt devrait donc accompagner l’agenda de mesures économiques d’Addis-Abeba, dans l’objectif de restaurer la confiance des partenaires et de consolider un environnement propice aux investissements privés. Dans un pays engagé dans des réformes macroéconomiques ambitieuses — libéralisation progressive de certains secteurs, ajustements budgétaires et recherche d’accords avec les bailleurs de fonds internationaux — l’accès à des financements concessionnels ciblés sur le tissu productif rural constitue un outil stratégique. D’après les chiffres du trésor français, l’agriculture représente jusqu’à 32 % du PIB éthiopien, alors que la FIDA estime qu’environ 85 % de la population vit en milieu rural, où elle constitue la principale activité.