Les départements universitaires fonctionnent souvent comme des forteresses isolées alors que les défis humains exigent des réponses globales. L’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah engage une réforme pour abattre ces murs invisibles. En associant médecine et humanités, l’établissement dessine les contours d’une modernité académique fondée sur la synergie.

L’enseignement supérieur traverse une phase de mutation structurelle qui redéfinit les frontières traditionnelles du savoir. L’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah (USMBA) de Fès change de stratégie et amorce une refonte en profondeur de son modèle de recherche scientifique.

L’objectif consiste à dépasser le fonctionnement par structures isolées pour favoriser une synergie permanente entre les divers champs d’étude. Le décloisonnement académique s’impose désormais comme une nécessité pour répondre à la complexité des évolutions sociétales et scientifiques. L’institution universitaire adopte ainsi une posture d’ouverture où la transdisciplinarité devient la norme opérationnelle pour l’ensemble de ses composantes.

Une stratégie globale pour l’intégration des savoirs
Le président de l’USMBA, Mustapha Ijjaali, porte une vision axée sur la restructuration des espaces de recherche. L’approche vise à faire converger les ressources et les intelligences issues de départements traditionnellement éloignés. L’université moderne se caractérise par sa capacité à instaurer des écosystèmes partagés où les sciences exactes et les sciences humaines s’alimentent mutuellement, souligne Ijjaali.

Le modèle promu s’inspire des structures universitaires internationales fonctionnant en collèges intégrés. Au sein de telles entités, la recherche fondamentale, la philosophie et l’ingénierie coexistent dans un même espace physique et intellectuel. L’élimination des barrières académiques permet de mutualiser les moyens et d’enrichir les méthodologies d’analyse.

Par ailleurs, la création conjointe de programmes constitue le levier principal de la politique de convergence. L’institution entend ainsi fournir aux chercheurs des cadres de travail propices à l’émergence d’innovations croisées et durables.

Deux facultés pour un dialogue inédit sur la santé
La mise en œuvre de la stratégie globale trouve une illustration à travers l’ouverture des travaux du colloque international sur les représentations du médecin et du patient. L’événement rassemble la Faculté de médecine de pharmacie et de médecine dentaire et la Faculté des lettres et des sciences humaines Dhar El Mahraz. Le laboratoire Cultures Représentations Esthétiques Didactique et Ingénierie de Formation orchestre le rapprochement.

Tarik Sqalli Houssaini, doyen de la Faculté de médecine, a indiqué que la rencontre mobilise durant trois jours des médecins des spécialistes de la littérature et des artistes. Les débats portent sur la place du soignant et du soigné dans l’imaginaire littéraire.

De son côté, Asmae Senhaji, enseignante-chercheuse à la Faculté des lettres et des sciences humaines Dhar El Mahraz et membre du comité d’organisation, a précisé que les discussions permettent d’interroger le sens du soin dans les sociétés contemporaines, soulignant que la littérature offre des clés de lecture pour comprendre les silences des malades et analyser la dimension éthique de la profession. Le croisement des regards scientifiques et artistiques enrichit la formation des futurs praticiens.

Cinq expressions artistiques au service de la thérapie
L’association des humanités médicales aux sciences de la santé ouvre de nouvelles voies d’application pour les malades. Les participants à cette rencontre ont souligné l’importance d’intégrer des activités telles que la lecture, la poésie, le dessin ou la peinture dans les protocoles de guérison. L’introduction d’ateliers créatifs en milieu hospitalier montre des résultats tangibles dans l’accompagnement des personnes atteintes de troubles psychiques. Les outils artistiques fournissent un complément thérapeutique aux traitements cliniques habituels.

En outre, l’analyse des œuvres d’art permet aux professionnels de santé de développer leur sensibilité face à la souffrance humaine. Le rapprochement théorique débouche ainsi sur une amélioration de la prise en charge hospitalière. La portée des échanges a profité de la présence d’experts universitaires en provenance de Tunisie, du Gabon, de Côte d’Ivoire et de France. Cette affluence internationale valide l’orientation de l’université marocaine sur la scène académique mondiale. Le croisement des expériences a permis de comparer les différents modèles d’intégration des humanités dans les cursus médicaux.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO