Le Kenya a jugé mardi « inacceptable » que ses ressortissants soient trompés pour être utilisés comme « chair à canon » par l’armée russe.Plusieurs centaines d’Africains, originaires de différents pays, sont concernés.L’Afrique du Sud a contacté le Kremlin pour le cas de ses citoyens.

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Ukraine : 4ᵉ année de guerre

« Il semble qu’il y ait un schéma consistant à attirer des gens et à les faire mourir ». Abraham Korir Sing’Oei, numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères, a ainsi résumé le drame vécu ces derniers mois par plusieurs ressortissants de son pays. Nairobi en est convaincu : trompés par des promesses d’emplois civils en Russie, des centaines d’hommes sont utilisés en réalité comme « chair à canon » pour la guerre en Ukraine.

Le mécanisme semble bien huilé. D’après le récit de quatre Kényans auprès de l’AFP, tout débute dans une agence de recrutement dans la capitale où des employés leur font miroiter la promesse d’un job rémunérateur en Russie. Vendeur, agent de sécurité, sportif de haut niveau… À chaque fois, le salaire oscille entre 920 et 2.400 euros mensuels. Une fortune par rapport au Kenya, où de nombreux travailleurs gagnent à peine 100 euros par mois. Très vite, les prétendants au départ sont invités dans des groupes WhatsApp où des personnes parlant en swahili, la langue nationale, évoquent leur quotidien idyllique dans leur nouveau pays.

Des combattants « dans un monde dont ils ne font pas partie »

À leur arrivée en Russie, les ressortissants déchantent très vite : ils sont contraints de signer un contrat les liant à l’armée russe écrit en cyrillique. Puis ils sont envoyés au front, après très peu ou aucune formation militaire. Deux des témoins retrouvés par l’AFP ont vu la quasi-totalité de leur unité, dont des Kényans et d’autres ressortissants africains, périr en quelques minutes sous le feu de drones ukrainiens.

Selon les témoignages recueillis, ces départs se sont multipliés à partir de la mi-2025. De quoi susciter l’ire de Nairobi. Le numéro deux du ministère kényan des Affaires étrangères a évoqué mardi un « programme intentionnel visant à recruter de manière illégale des personnes d’ascendance africaine, dont les Kényans font partie, et à en faire en quelque sorte des combattants dans un monde dont ils ne font pas partie ».

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Le Kenya n’est pas un cas isolé. Selon l’ambassadeur ukrainien à Nairobi Yurii Tokar, Moscou a chronologiquement ciblé des ressortissants d’ex-Républiques soviétiques d’Asie centrale, puis d’Inde et du Népal avant de se tourner « plus récemment vers l’Afrique ». Les quatre « revenants » interrogés par l’AFP racontent avoir croisé des dizaines d’Africains dans les camps d’entraînement ou sur le front, venant, outre un important contingent kényan, du Nigeria, du Cameroun, d’Égypte, d’Afrique du Sud… La presse s’est aussi fait l’écho ces derniers mois de plusieurs ressortissants de République démocratique du Congo (RDC) et du Bénin. 

« Ce qui ressort, c’est que ces individus sont utilisés comme chair à canon sur le front », a accusé mardi Abraham Korir Sing’Oei. Il n’est pas le seul à s’indigner de cette situation. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a évoqué par téléphone mardi avec Vladimir Poutine le « rapatriement des Sud-Africains combattant aux côtés des forces russes en Ukraine ». Selon Kiev, au moins 1.436 citoyens de 36 pays africains combattaient en novembre dans les rangs russes.

T.G.