Opinion
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L’Afrique s’invite sur la Croisette avec des œuvres marquantes
Neuf films sont présentés dans les différentes sections. On retiendra plus particulièrement «Congo Boy» dans Un Certain Regard et «Clarissa» à la Quinzaine des cinéastes.
Chronique
Edmée Cuttat
Publié aujourd’hui à 17h32
Les frères nigérians Arie et Chuko Esiri au Festival de Cannes.
AFP
Robert, 17 ans (Bradly Fiomana Dembeasset), rêve d’une carrière musicale. Mais problème, c’est un Congolais réfugié à Bangui, capitale de la République centrafricaine, où il vit un quotidien difficile dans un environnement hostile et souvent raciste. Munis de faux papiers, ses parents ont été arrêtés et jetés en prison. Du jour au lendemain, Robert se retrouve seul à s’occuper de ses quatre jeunes frère et sœurs. Sa vie devient un combat épuisant. Il enchaîne les petits boulots précaires et les révisions du bac, tout en évitant les milices qui font régner la terreur en ville.
Derrière les barreaux, son père ne cesse de l’encourager à entreprendre de longues études pour devenir quelqu’un, mais la passion de Robert, c’est le rap et le slam. Apprenant qu’un grand concours est organisé, gagner devient son obsession et son seul espoir de sortir sa famille de la misère et de s’émanciper.
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Robert est l’alter ego du réalisateur Rafiki Fariala, lui-même réfugié à Bangui dans sa jeunesse. Avec «Congo Boy». Il propose un récit d’apprentissage simple et touchant, rythmé par la musique, colonne vertébrale de l’œuvre, mais au scénario classique et prévisible. On est toutefois sensible à l’énergie folle des comédiens et à l’authenticité de la mise en scène.
«Clarissa», féroce critique postcolonialiste et sociale
Librement inspiré du roman «Mrs Dalloway» de Virginia Woolf (1925), où l’on suit une élégante quinquagénaire de la haute société londonienne, le deuxième long métrage des jumeaux nigérians Arie et Chuko Esiri, se déroule en un jour et une nuit, comme dans le livre. L’action se situe dans le Lagos de 2020 où Clarissa (Sophie Okonedo), une grande bourgeoise du coin, prépare une réception mondaine.
L’histoire bascule lorsque débarquent ses amis d’enfance perdus de vue depuis longtemps. Elle nous ramène une trentaine d’années en arrière, où on découvre une Clarissa rebelle et idéaliste, débattant avec passion de l’avenir de la démocratie au Nigeria avec ses copains. Pour revenir au présent et aux souvenirs d’une femme, qui a sacrifié ses rêves à la sécurité financière et à l’élite.
Les frères Esiri se livrent à une critique acerbe de la haute bourgeoisie du pays reproduisant des privilèges coloniaux, les riches manifestant leur mépris envers les domestiques devenus invisibles, ou plus généralement face aux souffrances et à la misère du peuple. Une indifférence illustrée par les tourments dérisoires, l’introspection, les regrets amoureux, le vague à l’âme de Clarissa.
Un bémol dans cette œuvre séduisante, poétique et politique. Contrairement à «Congo Boy», la construction du scénario est très (trop) complexe. C’est un labyrinthe psychologique à la narration littéraire, cérébrale, déstabilisante. Avec tous ces allers et retours dans le temps, on ne sait parfois plus si la scène se déroule au passé ou au présent.
L’actu du Festival de Cannes