Opinion
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Emmanuel Macron, le frère africain
L’attitude du président français lors du premier sommet franco-africain tenu dans un pays anglophone a réveillé des réflexes paternalistes.
Commentaire Publié aujourd’hui à 06h36
«I will make order!» C’est la phrase lancée par Emmanuel Macron avant d’arracher le micro des mains d’une modératrice lors d’un panel à l’Université de Nairobi, la semaine dernière. Agacé par le bruit dans l’auditoire, le président français a dénoncé un «manque total de respect» et invité les éléments perturbateurs à quitter la salle s’ils ne pouvaient pas prêter une oreille attentive.
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Sous d’autres cieux, le chef de l’État français aurait sans doute délégué la gestion du vacarme au service d’ordre. En choisissant d’endosser lui-même le rôle de gendarme, Emmanuel Macron s’est livré à un paternalisme déconcertant. Son attitude rappelle celle de l’un de ses prédécesseurs, Nicolas Sarkozy, qui avait déclaré lors d’une visite à Dakar en 2007 que «le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire».
Cette fois-ci, il faut dire que le terrain semblait déjà balisé pour que Macron se sente en territoire conquis. Son hôte, le président kényan, William Ruto, lui avait adressé dès l’entame de sa visite un chaleureux «Bienvenue chez vous!»
L’effritement du pré carré français
C’est la toute première fois qu’un pays anglophone a accueilli un sommet France-Afrique. Dénommé «Africa Forward Summit», il a rassemblé une trentaine de chefs d’État et de gouvernements à Nairobi les 11 et 12 mai derniers. Paris présente le choix du Kenya comme le symbole d’un rééquilibrage stratégique au-delà du traditionnel espace francophone, mais en réalité, ce choix traduit l’effritement du pré carré français, sur fond de rupture des pays comme le Mali, le Burkina Faso et le Niger avec l’ancienne puissance coloniale.
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Nairobi a souri au président français. L’ambiance était bon enfant, un peu comme un air de vacances et de lâcher-prise et on a pu voir le patron de l’Élysée dévoiler ses incroyables talents. Emmanuel Macron s’est déhanché sur les rythmes de «Jerusalema» sous les applaudissements d’un public scandant «good job!», il a été aux côtés de l’influenceur kényan Ombachi Dennis pour préparer et déguster un ugali et un sukuma, deux incontournables de la gastronomie locale.
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Il a aussi multiplié les selfies avec des élèves et fait quelques passes avec ses homologues kenyan et sénégalais. Pour couronner le tout, plusieurs artères de la capitale kenyane ont été bloquées pour lui permettre de faire un jogging aux côtés de la légende du marathon Eliud Kipchoge.
Si le trafic a pu être paralysé à Nairobi pour le footing du président français, il paraît difficilement concevable d’empêcher des Kényans de manifester contre le sommet dans les rues de leur propre capitale. Les images de manifestants dispersés à coups de gaz lacrymogène, roués de coups ou embarqués par les forces de l’ordre ont jeté une ombre sur la rencontre et laissé un arrière-goût antidémocratique.
Emmanuel Macron, un «panafricaniste positif»
Au-delà du show, Emmanuel Macron a fait des annonces un peu plus sérieuses. Se revendiquant «panafricaniste positif», il a plaidé pour un «réveil collectif» et un partenariat «d’égal à égal» entre l’Afrique et la France. Avec, à la clé, un plan de 23 milliards d’euros d’investissements destiné à des secteurs stratégiques comme la transition énergétique, le numérique et l’intelligence artificielle, l’agriculture ou la santé.
Derrière ce geste, une course aux matières premières et une envie de contrer l’influence des États-Unis et de la Chine. Il est essentiel de réduire la dépendance de l’Europe aux deux grandes économies qui «veulent en quelque sorte tout capter», a soutenu Macron.
Dans un discours engagé, William Ruto a martelé que l’Afrique n’avait plus besoin de charité, mais d’investissements, estimant que les financements étrangers devaient rester secondaires. «Nous ne devons plus nous autoriser à être les esclaves de qui que ce soit. Nous allons prendre en main notre futur», a-t-il lancé.
Les deux dirigeants, qui se sont appelés à plusieurs reprises «my brother», ont conclu le sommet par une invitation d’Emmanuel Macron à William Ruto pour le prochain G7 en France. Gageons qu’à Évian, les contre-manifestants disposeront d’un espace pour faire entendre leur voix, contrairement à Nairobi.
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