Publié aujourd’hui à 12h03
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« L’Aïd Al-Adha ne doit pas faire l’objet de surenchères politiciennes. » C’est par ces mots que Yassine Oukacha, député membre du parti du chef du gouvernement marocain, le Rassemblement national des indépendants (RNI), a tenté d’apaiser les débats autour du prix des moutons de l’Aïd qui, le 18 mai, ont viré à la foire d’empoigne entre les parlementaires. Peine perdue, visiblement : à trois mois des élections législatives, les partis ne retiennent plus leurs coups.

L’Aïd al-Adha et son sacrifice rituel auront lieu cette année le mercredi 27 mai, dans un contexte particulier puisque l’année dernière, exceptionnellement, le roi avait annoncé que les musulmans étaient exemptés de pratiquer le sacrifice afin d’épargner un cheptel très affaibli par la sécheresse. L’attente est donc forte cette année, et les problématiques traditionnelles reviennent en force : régulation des prix, disponibilité du bétail et accessibilité pour les plus vulnérables.

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Où sont les moutons à 1 000 dirhams ?

C’est dans ce contexte marqué par de nombreuses incertitudes, qu’une séance de questions orales sur l’Aïd Al-Adha a été organisée au Parlement, lundi 18 mai. Séance devenue le théâtre d’une succession de bourdes qui ont fini par faire déraper les débats.

Interrogé sur la disponibilité et le prix des moutons, le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari, est le premier à créer la polémique, affirmant avec certitude devant l’Assemblée : « Il y a aujourd’hui des moutons à 1 000, 1 500, 2 500 ou 3 000 dirhams. » Des propos qui soulèvent immédiatement une vague d’indignations dans l’Assemblée, plusieurs partis contestant l’existence de ces fameux moutons à 1 000 dirhams tandis que le ministre invite les élus à chercher dans les bons souks. 

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Mécontents, les députés du Parti de la justice et du développement (PJD, islamiste), commencent à élever la voix, interrompant à plusieurs reprises le ministre pour souligner ce qu’ils qualifient de déconnexion avec la réalité. C’en est trop pour Driss Chetibi, le président de séance, qui, faute de parvenir à ramener le calme, s’emporte à son tour. Demandant le silence aux élus du PJD, il qualifie ses membres de « chiites communistes ». 

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Il n’en faut pas plus pour que la séance bascule définitivement. Les deux camps haussent le ton jusqu’à crier, sous le regard et les commentaires des autres députés. Après seulement quarante-six minutes, la séance est levée et une pause de presque une heure est imposée afin de calmer les esprits bien échauffés. 

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Un arrêté pour encadrer les prix et la revente

Quelques dizaines de minutes plus tard, dans un climat plus apaisé, le député de la majorité Yassine Oukacha prend la parole afin de défendre la politique menée : « S’il y a un gouvernement qui a dû faire face à la flambée des prix, c’est bien l’actuel exécutif. S’il y a un gouvernement qui a soutenu les éleveurs afin de préserver des prix plus accessibles à l’occasion de l’Aïd, c’est également celui-ci. »

Dans la soirée du 18 mai, et comme pour conclure cette séance houleuse, Aziz Akhannouch, le chef du gouvernement, a pris un arrêté. Un texte qui vise, de manière « exceptionnelle et temporaire », à encadrer l’organisation de cet Aïd al-Adha et à éviter toute hausse injustifiée de ses prix. La vente hors marchés désignés ainsi que l’achat de moutons en vue de reventes (afin d’éviter le retour du phénomène de spéculation, désigné sous le terme de frakchia) sont ainsi prohibés, avec des sanctions allant de la fermeture temporaire des points de vente à l’emprisonnement. 

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Avec ces mesures mises en place tardivement, le gouvernement espère prouver aux citoyens et aux parlementaires qu’il a su prendre en compte leurs préoccupations. Le tout à une semaine des célébrations, mais également à quelques mois des élections législatives.

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