L’industrie verte sera-t-elle une simple version « bas carbone » de l’ancien monde ou le moteur d’une transformation de société ? Dans cette longue interview, le sociologue et célèbre économiste français Pierre Veltz, décrypte les impasses de la réindustrialisation classique et dessine les contours d’une économie « humano-centrée » où le soin, l’éducation et l’écologie ne sont plus des coûts, mais la source même de la valeur.

Ingénieur X-Ponts, sociologue et économiste, Pierre Veltz occupe une place singulière dans le débat public français. Ancien directeur de l’École des Ponts et ancien président de l’établissement public de Paris-Saclay, il a consacré sa carrière à analyser les mutations des modèles productifs, du travail et la géographie des activités.

Dans ses essais, il a été l’un des premiers à théoriser la fusion de l’industrie des services et du numérique dans ce qu’il nomme la « société hyper-industrielle ».

Lauréat du premier Prix du livre La Tribune, il revient aujourd’hui avec deux ouvrages majeurs : Vers une économie humano-centrée et une participation à l’ouvrage collectif Pour une nouvelle écologie de l’industrie.

Du temps de la « transition » au besoin de « rupture »

LA TRIBUNE. Pourquoi préférez-vous le terme de « bifurcation écologique » à celui de « transition écologique » ?

PIERRE VELTZ. Je parle plutôt de bifurcation que de transition parce que je pense qu’il faut opérer un certain nombre de ruptures. Le terme de transition donne une vision trop linéaire des choses. La bifurcation renvoie à des changements plus profonds.

Prenons l’exemple de l’énergie : le passage d’un monde fondé sur les énergies fossiles à un monde post-fossile, porté notamment par l’électrification, n’a rien de linéaire. Les technologies changent, les acteurs changent, les bénéficiaires changent. C’est un changement de cap profond, qui ne se fera pas toujours dans la douceur.

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Je pense aussi qu’il faut des ruptures dans notre rapport au vivant. Quand on passe d’aménagements qui s’opposent frontalement à la nature à des aménagements « fondés sur la nature », on change véritablement de modèle. Il reste là d’immenses champs à explorer.

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