En avril
2026, les ventes automobiles repartent enfin en Europe, tirées par
les motorisations électrifiées et l’offensive des marques
chinoises. Reste à mesurer ce que cette vague change pour les
constructeurs et les conducteurs.
Les chiffres repartent enfin dans le vert sur le Vieux
Continent. En avril 2026, les ventes de voitures neuves ont
progressé de 6,4 % en Europe (Union européenne,
Royaume-Uni et AELE) par rapport à avril 2025, d’après le cabinet
Dataforce. Après des années rythmées par les pénuries de composants
et un pouvoir d’achat sous pression, le marché retrouve de l’air,
porté par un appétit accru pour les motorisations électrifiées. Et
derrière cette embellie, les constructeurs venus de Chine prennent
une place de plus en plus visible.
Car la principale surprise de ce printemps 2026 ne vient pas
seulement de la poussée des voitures électriques, mais de
l’offensive des marques chinoises. Leurs
immatriculations ont bondi de 114 % en avril sur le marché
européen, quand l’ensemble du marché ne progressait que de 6,4 %.
En 2025 déjà, ces nouveaux venus avaient atteint 6 % de part de
marché sur l’année et 9,5 % en décembre, soit presque une voiture
sur dix vendue en Europe. Autrement dit, la reprise des
ventes automobiles Europe 2026 se fait en grande
partie sous pavillon asiatique, dans un contexte de carburants plus
chers et de transition énergétique accélérée. Reste à voir comment
les groupes historiques vont encaisser ce changement de rythme.
Ventes automobiles en Europe : une reprise portée par
l’électrification
Depuis le début de l’année 2026, le marché européen a
progressé de 4,7 %. En avril, il a gagné 6,4 % par
rapport à 2025. Les véhicules électriques
affichent la plus forte dynamique, avec une hausse de 38
% en avril. C’est la meilleure progression mensuelle
depuis le début de l’année. Les hybrides rechargeables ont
augmenté de 21 %. Les hybrides classiques gagnent 15 %,
signe que les acheteurs se tournent vers des modèles plus sobres.
Les prix des carburants sont restés élevés, avec environ 20 % de
hausse sur un an. Le conflit au Moyen-Orient n’est pas résolu
depuis trois mois, ce qui alimente cette tension. Pour beaucoup de
conducteurs, le choix d’une voiture plus efficiente devient presque
une obligation.
Assez logiquement, les groupes les mieux armés sur ces
technologies sortent leur épingle du jeu. Le groupe
Mercedes-Benz est le
seul grand constructeur européen à avoir fait mieux que le marché
en avril. Ses ventes ont progressé de 7,3 %. Stellantis a dû
se contenter de +4,3 %, soit environ deux points
de moins que la moyenne. Depuis le début de l’année, le groupe
reste pourtant légèrement au-dessus du marché. Ses immatriculations
ont augmenté de 6,8 % dans un contexte global à +4,7 %. Ce résultat
doit beaucoup à Leapmotor, à Fiat (+19 %), à
Opel/Vauxhall (+15 %) et à Citroën (+7,2 %). Peugeot et
Alfa Romeo ont en revanche reculé. Geely, qui regroupe par exemple
Volvo, a progressé de 6,2 %. Tesla a vu ses ventes
grimper de 36 %. Le constructeur a abaissé les
prix de ses modèles d’entrée de gamme en Europe. Le groupe
Volkswagen est à +3,2 %, porté par une hausse de
14 % chez Skoda. BMW gagne pour sa part 2,6 %. En
face, Toyota (-1 %), Renault (-3 %) et Dacia (-2,7
%) restent orientées à la baisse. Les reculs sont encore
plus marqués chez Mitsubishi (-51 %), Porsche (-17 %), Hyundai (-12
%), Ford (-11 %) et Volvo (-7,9 %).
Marques chinoises : un bond de 114 % qui bouscule les ventes en
Europe
Et pourtant, dans ce paysage contrasté, la progression des
constructeurs chinois impressionne. Leurs ventes ont augmenté de
114 % en avril sur le marché européen. La
croissance est donc près de vingt fois plus rapide que celle du
marché global. SAIC domine en volume avec 30 074
immatriculations. BYD suit avec 28 186 unités.
Chery complète ce trio avec 25 656 ventes. En
nombre de voitures supplémentaires par rapport à avril 2025, le
groupe Chery signe la meilleure performance, avec 19 878 unités de
plus sur le mois. BYD est la marque individuelle qui a le plus
progressé, avec un gain de 15 631 ventes sur un an. Les
pourcentages donnent le tournis : Leapmotor affiche +423 %,
Chery +344 % et BYD +125 % sur la période.
Plusieurs marques dites « budget » partaient de presque rien il y
a un an et se retrouvent aujourd’hui au cœur de cette offensive.
Chery a enregistré 5 446 ventes en avril contre seulement 4 un an
plus tôt. Geely est passé de 200 à 2 959 unités. Leapmotor, Omoda
et Jaecoo ont toutes vu leurs volumes bondir de plus de 200 %. Sur
l’ensemble de 2025, les marques chinoises avaient déjà écoulé 795
000 voitures particulières en Europe hors Volvo, soit 6 % du
marché, ou 1,127 million de véhicules et 8,2 % de part avec Volvo.
En décembre 2025, leur part atteignait 9,5 % des ventes, presque
une voiture sur dix. Leur poids était encore plus marqué sur le
segment électrique, avec 11,5 % des ventes de véhicules à batterie
sans Volvo. Cette montée en puissance se retrouve aussi dans les
échanges commerciaux. En 2025, l’Europe a importé pour 22 milliards
d’euros de voitures produites en Chine, contre 16 milliards
d’exportations vers la Chine, soit un déficit de 6 milliards alors
qu’elle affichait encore un excédent de 23 milliards en 2019. Le
secteur automobile représente plus de 13 millions d’emplois et plus
de 7 % du PIB dans l’Union, et environ 110 000 emplois auraient été
supprimés en dix-huit mois. Une situation qui montre à quel point
la reprise actuelle profite aux volumes, tout en redistribuant les
cartes entre constructeurs, usines et automobilistes européens.