Dans un entretien accordé au Journal du dimanche, Gérald Darmanin, ministre de la Justice français, est revenu sur sa visite à Alger et la coopération judiciaire qui se met en place entre les deux pays. En contrepartie d’information sur le narcotrafic, les autorités algériennes ont fait deux demandes : l’extradition d’opposants algériens et la récupération des biens mal acquis.

En déplacement à Algérie, le garde des Sceaux Gérald Darmanin a tenté de relancer une coopération judiciaire fragilisée par deux années de tensions diplomatiques entre Paris et Alger. Au cœur des discussions : les extraditions, les opposants politiques réfugiés en France et la question sensible des biens mal acquis de l’ancien régime algérien.

Le ministre français défend une stratégie de « dialogue ferme et exigeant » avec Alger. Refusant à la fois « la naïveté » et la rupture totale, il rappelle l’importance stratégique de l’Algérie pour la France, tant sur les questions énergétiques que sécuritaires.

L’un des principaux dossiers abordés concerne les trafiquants de drogue et les criminels recherchés entre les deux pays. Gérald Darmanin affirme avoir transmis aux autorités algériennes une liste de narcotrafiquants franco-algériens recherchés par la justice française, en particulier des membres présumés de la « DZ Mafia ». Il espère obtenir davantage d’extraditions, alors que la France n’aurait obtenu qu’une seule extradition depuis quinze ans selon ses déclarations. Cependant l’Algérie n’extrade jamais ses ressortissants, rappelle le ministre.

Mais les autorités algériennes formulent également ses propres demandes. Elles réclament notamment le retour ou l’extradition de certains opposants politiques installés en France. Ils sont en effet nombreux à trouver refuge en France et à continuer à activer et s’exprimer. Ce qui dérange le régime. Cette demande est néanmoins délicate pour Paris, puisque plusieurs d’entre eux bénéficient du statut de réfugié politique. Gérald Darmanin avertit néanmoins que « ces derniers doivent respecter les règles de notre République ».

Autre sujet majeur : les biens mal acquis liés à l’entourage de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika. Alger aurait adressé à la France près de 130 demandes judiciaires pour récupérer des avoirs soupçonnés d’être issus de la corruption et placés sur le territoire français. On se rappelle des appartements de luxe d’Amar Saadani, de Cherif Rahmani et d’Abdeslam Bouachouareb entre autres cités dans la presse et certaines enquêtes. Si pour les deux premiers, il n’y a aucune poursuite judiciaire connue, le cas Bouchouareb est autre. Ministre important sous Bouteflika, il est sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

Le ministre français insiste toutefois sur l’indépendance de la justice française dans ce dossier. Il explique avoir emmené avec lui le procureur national financier afin d’approfondir les échanges techniques avec les magistrats algériens et de consolider les dossiers susceptibles d’aboutir à des décisions judiciaires. Gérald Darmanin n’a pas évoqué le dossier de l’enlèvement d’Amir DZ dans lequel deux fonctionnaires d’un consulat algériens sont poursuivit par la justice française. Un est arrêté et l’autre sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

« Je ne suis ni naïf ni béat, mais je suis volontariste », assure Gérald Darmanin, qui estime que cette coopération est indispensable « pour la sécurité des Français » malgré les désaccords persistants entre les deux États.

La rédaction