Ça va bien, je suis content. J’ai travaillé pendant deux semaines à Tubize, de temps en temps je vais à Anvers. Je peux vous dire que je suis dans les temps. On a calculé ma pointe de vitesse. (Il sort son téléphone) Attends, que je ne dise pas de bêtises. J’ai atteint une pointe de vitesse de 35,5 km/h. Je n’avais plus atteint cela depuis 2023. C’est marrant.
35,5 km/h ? Qui d’autre atteint ça en équipe nationale ?
On est peut-être deux. Jérémy (Doku) et moi.
Il paraît que Matias Fernandez-Pardo, rappelé pour jouer à votre position, est très rapide aussi.
Oui, c’est vrai ! Il est super rapide lui aussi. J’ai vu des images de lui. Après, j’ai très peu regardé de football. Ça faisait trop mal. Je n’y arrivais pas.
Vous n’avez joué que 64 minutes, cette saison.
Correct. La seule chose qui me manque, sont les matchs. C’est pour ça que la Fédération a mis des jeunes joueurs à ma disposition pour faire des petits matchs (NdlR : Lukaku s’est donc également entraîné à Neerpede). Jeudi, par exemple, on a fait un 8 contre 8 et ensuite un 11 contre 11 pendant un quart d’heure.
Vous avez trouvé le chemin des filets ?
C’était 0-0. J’ai frappé un ballon sur la barre, j’avais vu le gardien avancé par rapport à son but et je l’ai lobé. J’ai retrouvé la fluidité dans ma frappe. C’était ça mon principal problème.
guillement
Je serai prêt pendant la phase de poules. Je vais à la Coupe du Monde avec l’état d’esprit de Vincent Kompany en 2018.
Depuis la Coupe du monde 2022, on sait que vous avez besoin de rythme pour être performant.
C’est pour ça que j’ai dit aux gens de l’Union belge : je ne vais pas au Mondial avec l’idée que je vais être titulaire dès le début. Je suis devenu beaucoup plus sage. Bien sûr que j’ai un ego, sinon je ne serais pas le joueur que je suis. Mais cet ego, je le mets de côté au profit de l’équipe. C’est une Coupe du monde, les gars ! Cette génération veut se montrer au plus haut niveau. Axel, Kev, Thomas, Thibaut, moi : on veut faire nos preuves. Je ferai tout pour être prêt.
Ce sera quand ?
Pendant la phase de poules. Je vais à la Coupe du monde avec l’état d’esprit de Vincent Kompany en 2018. J’ai vraiment hâte de pouvoir aller m’entraîner avec les autres la semaine prochaine. Une fois qu’ils seront là, la bête en moi va se réveiller. J’ai été écarté des terrains toute une saison. Ma faim est énorme.
Donc, vous partez du principe que vous commencez le match contre l’Égypte sur le banc ?
Oui. Un tournoi est long, c’est un processus. Pourquoi est-ce que je jouerais 60 minutes contre l’Égypte si je sens que je ne suis pas entièrement prêt ? Je sais ce que je peux apporter à l’équipe. Sur le terrain. Ne vous inquiétez pas.
En langage simple : quel était votre problème médical ?
Dans le match de pré-saison contre l’Olympiacos, je me suis arraché le tendon au niveau de la hanche, et il y a eu deux complications par après. La blessure était un cocktail de deux choses : la lourde préparation et une gêne que je traînais depuis 2019 quand je frappais au but. Il faut savoir que je fais beaucoup d’exercices de finition après les entraînements collectifs. Contre l’Olympiacos, j’étais déséquilibré quand je frappais, parce que j’avais vu Kevin (De Bruyne) à ma gauche. J’ai senti : ‘Tchak’.
Vous saviez que vous en aviez pour des mois ?
Pas vraiment. Ça brûlait un peu mais je pouvais lever la jambe. Je me suis dit que c’était une petite déchirure et que je serais de retour dans un mois. Mais quand je suis sorti du scanner, le médecin m’a dit : « Non bene (Pas bien) Votre tendon est arraché ». Là, je me suis dit : mentalement, prépare-toi à une opération.
Et pourtant, elle n’a pas eu lieu ?
Les docteurs Declercq et Sas m’ont dit : « Soit on t’opère – une petite broche sera introduite pour renforcer le tendon – mais ça va tirer à chaque fois que tu vas frapper au but. Ou alors, on fait une bonne rééducation, et tu ne sentiras plus rien. » J’ai consulté d’autres spécialistes et je suis content d’avoir choisi ce trajet. D’autant plus qu’un mois plus tard, mon papa est décédé. J’étais déjà au fond du trou. Si j’avais été opéré, j’aurais encore plus sombré mentalement.
guillement
Je ne suis pas resté en Belgique pour prendre des vacances. Je voulais sauver ma Coupe du monde.
Aviez-vous la garantie de pouvoir être rétabli à 100 % ?
Oui. D’autant plus que je me souvenais d’une blessure similaire de Vince (Kompany) avec Manchester City au Real Madrid en 2016, cela lui avait coûté l’Euro. On lui avait mis une broche, mais il sentait la traction à chaque long ballon qu’il frappait. Et vu que j’ai sa physionomie… Je me souviens de la cicatrice impressionnante de Vince, de sa cuisse jusqu’à sa hanche, quand il s’allongeait sur la table de massage.
Finalement, vous avez eu deux coups d’arrêt pendant votre rééducation.
Pourtant, j’avais même deux semaines d’avance sur mon planning de rééducation, malgré tous mes soucis extra-sportifs. Mais ça n’allait pas bien avec Naples et j’y suis retourné pour aider. Sans les kinés de Lieven Maesschalck. C’est là que la misère a commencé. Ma cicatrice n’était pas complètement guérie. J’ai fait quelques montées au jeu, mais je sentais que quelque chose clochait. C’était très comparable à la Coupe du monde 2022, où je n’étais pas prêt non plus.
Dans une interview, De Bruyne a fait comprendre entre les lignes qu’il a suivi une seule rééducation – en Belgique – et vous deux différentes : en Belgique et à Naples.
Disons que j’ai repris trop tôt, pour aider mon club.
Et puis, il y a votre refus, au début du rassemblement des Diables en mars, de retourner à Naples.
Là, j’avais un autre pépin physique. À l’entraînement, je n’atteignais pas certaines vitesses. En fait, je traînais ma jambe gauche quand je faisais des longs sprints. À cause de cela, j’avais une surcharge sur le psoas. Quand j’en ai discuté avec Maesschalck et avec le staff de l’équipe nationale, on est tombé d’accord : « Cette fois, je reste ici. Jusqu’à ce que je sois complètement rétabli. Fini les conneries, je veux sauver ma Coupe du monde ». Je n’ai pas fait ça pour prendre des vacances, croyez-moi ! Je galérais vraiment. Mon problème était clairement visible sur les images de l’examen.
Êtes-vous dans une meilleure situation qu’avant le Mondial 2022, quand le docteur Sas vous donnait 3 % de chances d’être prêt avec votre déchirure aux ischios ?
Oui. Je n’aurais pas dû y aller. Contre le Maroc, je suis monté au jeu pour 2 ou 3 minutes – ma mémoire commence à flancher, je déteste ça (NdlR : il a joué 9 minutes) – sans un seul entraînement collectif ! Avant la Croatie, je ne m’étais entraîné qu’une seule fois avec le groupe.
Pourquoi avez-vous accepté d’aller à la Coupe du monde 2022 ?
Je me rappelle très bien la scène suivante. La veille de la sélection, on était tous dans la clinique privée où le docteur Sas travaille de temps en temps. J’y recevais ma dernière dose de PRP dans la jambe, pour éliminer le liquide dans mes ischios. Martinez entre et me dit : « Tu prends des risques ». Je dis : « Oui, mais je sais que c’est peut-être notre dernière chance (de gagner quelque chose). Même si je ne peux y contribuer que pour 1 % sur le terrain, je le ferai.
guillement
Le 4 mai, j’ai appelé Onana pendant 40 minutes. On a parlé du Mondial. On est outsider, cette fois, mais ce n’est pas grave.
Quelles sont nos chances d’aller loin cette fois-ci ?
(Petit sourire) Cette fois, on est les « dark horses », les outsiders. Est-ce que je dis qu’on peut gagner la Coupe du monde ? Non. Mais est-ce qu’on va se cacher ? Certainement pas. Les gars ont quand même atteint un certain niveau ? Un exemple… (Il reprend son téléphone et nous montre ses WhatsApp avec Amadou Onana) Regardez : le 4 mai, je l’ai eu au téléphone pendant 40 minutes.
Il est tout aussi ambitieux que vous.
Je lui ai surtout dit : ‘Amadou, je veux que Youri et toi gagniez l’Europa League. Comme ça, vous nous apportez cette énergie. Plus il y a de gagnants dans le groupe, mieux c’est.
Ce sera votre dernier tournoi ?
Je veux encore faire deux Coupes du monde. 2030 sera ma dernière. J’aurai 37 ans. Mon corps peut tenir le coup jusque-là. Lieven (Maesschalck) sait comment on peut continuer à jouer le plus longtemps possible au plus haut niveau. Ça fonctionne si on prend soin de soi. C’est pour ça que je bois tellement d’eau.
Donc le cap des 100 buts, vous l’atteindrez ?
Je n’y pense même pas. Mais j’ai deux regrets. D’avoir perdu la demi-finale contre la France. Et de ne pas avoir marqué plus souvent lors de mes premières sélections. Je serais déjà à 100 buts depuis longtemps…