Ce début février, la ville sud-africaine du Cap accueille la plus grande conférence minière d’Afrique, Mining Indaba. Dans les coulisses de l’événement, l’Union européenne a signé de nouveaux accords portant sur plusieurs projets de minéraux critiques à travers le continent. Entre subventions et assistance technique, Bruxelles poursuit ainsi l’approche institutionnelle pour renforcer son accès aux ressources africaines, là où d’autres grandes puissances s’appuient sur des investissements directs massifs, incluant le secteur privé.
En marge de la conférence, l’Industrial Development Corporation (IDC) sud-africaine, l’Union européenne et la banque publique allemande KfW ont annoncé un partenariat trilatéral pour mobiliser des subventions, des fonds propres et des financements concessionnels au profit des chaînes de valeur régionales des minéraux et métaux. Les partenaires envisagent la création d’un mécanisme combinant des subventions européennes avec des financements de développement apportés par KfW et d’autres investisseurs. L’objectif est de s’appuyer sur l’expertise de l’IDC pour identifier et accompagner des projets industriels, en particulier dans la transformation locale des ressources minières.
Une coopération technique dédiée aux matières premières critiques et à l’hydrogène vert a aussi été annoncée pour un montant total de 27,5 millions d’euros, dont 21,5 millions financés par l’Union européenne et 6 millions par le ministère allemand de la Coopération économique et du Développement.
Cette dynamique dépasse le seul cadre sud-africain, puisque la Banque européenne d’investissement (BEI) a conclu cette semaine un accord de coopération avec Andrada Mining pour soutenir l’exploitation du lithium sur la mine d’Uis en Namibie. Le dispositif prévoit jusqu’à 2 millions d’euros d’assistance technique, mobilisés via la facilité européenne consacrée aux matières premières critiques. Les fonds sont censés porter le projet au niveau de faisabilité bancaire en vue d’une production ciblée de 50 000 tonnes par an de concentré de lithium.
En Tanzanie, un autre projet lié aux matériaux pour batteries bénéficie d’un appui européen. La société australienne EcoGraf a signé un accord de coopération avec la BEI pour soutenir le développement d’une chaîne de valeur intégrée autour du graphite d’Epanko. L’entreprise prévoit une première phase de production de 73 000 tonnes de concentré par an, avant une montée en capacité à plus de 300 000 tonnes. Elle négocie par ailleurs une couverture de crédit de 105 millions de dollars auprès de la banque allemande KfW IPEX-Bank pour financer le lancement du projet.
Un engagement insuffisant ?
Ces initiatives soutenues par l’Union européenne et ses pays membres à travers le continent visent à sécuriser l’approvisionnement en minéraux critiques pour les filières industrielles européennes, tout en réduisant la dépendance du Vieux Continent à la Chine. Pour des minéraux comme le graphite ou les terres rares, l’UE dépend aujourd’hui jusqu’à 90% de l’empire du Milieu. Or, la loi européenne sur les matières premières critiques (CRMA) adoptée en mars 2024 doit permettre de transformer localement 40% des besoins annuels de l’UE en minéraux critiques.
Au regard de ces ambitions, les projets soutenus en Afrique australe restent encore limités en volume et souvent concentrés sur des phases d’assistance technique, de faisabilité ou de montée en capacité progressive. Dans le même temps, la Chine conserve une position dominante dans les segments aval des chaînes de valeur, concentrant plus de 95 % de la production mondiale de graphite et de terres rares de qualité batterie, ainsi que 70 % des produits chimiques du lithium. Pékin s’appuie en outre sur des investissements directs massifs dans les actifs miniers africains.
Les États-Unis combinent de leur côté financements publics et capital privé pour renforcer leur présence. L’International Development Finance Corporation (DFC) a par exemple accordé 150 millions de dollars à Syrah Resources pour la mine de graphite de Balama au Mozambique et soutient d’autres projets en Afrique, tandis que des entreprises américaines investissent directement dans le cuivre et le lithium en RDC et en Zambie. Face à cette concurrence structurée, l’approche européenne, encore largement institutionnelle et fragmentée, devra sans doute gagner en ampleur et en coordination si elle veut réellement atteindre les objectifs fixés par le CRMA.