La fragmentation des systèmes de santé en Afrique constitue toujours un obstacle de taille dans la lutte contre les pandémies. Dossiers patients éparpillés, difficultés de surveillance épidémiologique et vérification laborieuse des certificats de vaccination : cette dispersion persistante entrave considérablement toute tentative de réponse sanitaire rapide et coordonnée. La crise de la Covid-19 a douloureusement exposé ces vulnérabilités structurelles, tout en démontrant le potentiel des outils numériques pour y faire face.

Pour combler ce fossé digital, l’Union européenne et l’Organisation mondiale de la Santé ont signé un accord de 8 millions d’euros destiné à accélérer la transformation numérique des systèmes de santé en Afrique subsaharienne. Cette annonce effectuée en marge du Sommet mondial sur la santé tenu à Berlin mi-octobre, porte un enjeu stratégique pour les deux continents : construire une riposte sanitaire unifiée et résiliente via le numérique, outil essentiel pour faire face à de futures crises.

Au cœur du dispositif se trouve le Réseau mondial de certification sanitaire numérique (GDHCN) de l’OMS, hérité du certificat numérique COVID de l’UE. L’organisation mondiale explique que depuis la prise en main du système en 2023, elle a constaté qu’il « pouvait grandement favoriser la numérisation du certificat international de vaccination ou de prophylaxie, communément appelé ‘’carte jaune’’, conformément au Règlement sanitaire international (RSI) amendé. En tirant le meilleur parti du Réseau mondial de certification sanitaire numérique, on pourrait améliorer le suivi de la vaccination à l’échelle mondiale, réduire la fraude et simplifier les exigences sanitaires internationales ».

Souveraineté sanitaire et numérique de l’Afrique en ligne de mire

Pour l’Europe, cet investissement apparait comme un prolongement logique et cohérent de sa stratégie « Global Gateway ». Il est mis en œuvre via l’initiative « Team Europe » qui fédère les parties prenantes européennes et africaines autour de projets concrets et transformateurs, notamment dans le domaine de la santé. Il ne s’agit donc pas d’une simple aide au développement, mais bien d’un partenariat stratégique mutuellement bénéfique.

Des systèmes de santé africains mieux numérisés permettent une meilleure détection et une prise en charge locale plus efficace des épidémies. Cette amélioration renforce directement la sécurité sanitaire mondiale en réduisant le risque que des foyers épidémiques localisés en Afrique dégénèrent en crises sanitaires internationales. Pour le continent, les défis à relever restent immenses, mais les promesses de cette transformation digitale sont intéressantes.

Le premier écueil à surmonter est celui de l’adhésion au réseau. A ce jour, seuls quatre pays pionniers (le Bénin, le Cap-Vert, les Seychelles et le Togo) ont officiellement rejoint le réseau pilote. Les fonds européens serviront ainsi de levier financier et technique pour accompagner un plus grand nombre de pays dans cette transition, développer des cadres de gouvernance des données efficaces, et renforcer des infrastructures numériques critiques.

L’OMS et le Centre africain de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC) auront à veiller ensemble au strict respect de principes fondamentaux : confidentialité des données des patients, protection des informations de santé et interopérabilité des systèmes entre les pays. Il s’agit en effet aussi d’éviter que cette transformation numérique nécessaire ne se fasse au détriment de la souveraineté numérique des États africains. Le modèle décentralisé du GDHCN, où les données sanitaires restent gérées et stockées au niveau national, a été spécifiquement conçu pour répondre à cette exigence stratégique.

À l’heure où les menaces sanitaires globales se multiplient, cette coopération euro-africaine n’est plus une simple option, elle devient une nécessité. Ce partenariat dépasse largement le cadre d’un simple projet technique ; il représente un engagement politique fort et concerté pour bâtir un avenir sanitaire commun plus sécurisé, résilient et équitable pour tous.