Avec un dinar affaibli face à l’euro et au dollar, une question revient avec insistance chez les Tunisiens résidant à l’étranger : et si le moment était enfin favorable pour rapatrier une partie de l’épargne vers le pays d’origine ?
Dans une conjoncture de dépréciation du dinar, le différentiel de change transforme le pouvoir d’achat des revenus en devises. Pour un investisseur disposant de revenus en euros ou en dollars, certains actifs deviennent plus accessibles : immobilier locatif, comptes en devises rémunérés, création d’entreprise, voire investissements agricoles. En théorie, les affaires semblent favorables, et dans certains cas elles le sont réellement.
Cette attractivité apparente masque un fait plus technique. Investir depuis l’étranger en Tunisie ne relève pas d’une simple décision d’allocation d’actifs. C’est un acte structuré juridiquement, encadré par un dispositif de change spécifique, où la nature du compte utilisé, la traçabilité des fonds et le statut de non-résident déterminent la qualité même de l’investissement.
Le cadre tunisien distingue strictement les régimes applicables aux résidents et aux non-résidents, et organise la convertibilité des fonds selon des règles précises. Entre compte en devises et compte en dinars convertibles, entre investissement libre et opération soumise à autorisation, une erreur de structuration initiale peut transformer un placement rentable en capital difficilement mobilisable pendant plusieurs années.
Le véritable pari n’est donc pas simplement le rendement affiché, mais la capacité effective à sécuriser la sortie du capital, la transférabilité des gains et la cohérence fiscale entre le pays d’origine et la Tunisie.
Un pays qui reste compétitif sur plusieurs segments
Malgré un contexte macroéconomique exigeant, la Tunisie conserve plusieurs avantages structurels.
Le premier concerne sa position géographique, à moins de deux heures de vol de nombreuses capitales européennes. Le deuxième réside dans l’existence d’une main-d’œuvre qualifiée à des coûts encore compétitifs comparativement à plusieurs pays méditerranéens. Le troisième tient à l’existence d’un arsenal d’incitations à l’investissement instauré notamment par le Code de l’investissement de 2016.
La législation tunisienne garantit par ailleurs aux investisseurs étrangers la liberté d’investissement dans un grand nombre d’activités économiques, sous réserve de certaines autorisations ou restrictions sectorielles prévues par les textes en vigueur.
Les secteurs qui attirent actuellement le plus d’intérêt sont les technologies numériques, les services exportateurs, les énergies renouvelables, les activités industrielles à forte valeur ajoutée, la santé privée, l’enseignement supérieur et certaines niches du tourisme.
Le facteur décisif souvent négligé
L’erreur la plus fréquente consiste à analyser un projet exclusivement sous l’angle de la rentabilité.
En Tunisie, la réglementation des changes constitue souvent l’élément central de toute stratégie patrimoniale ou entrepreneuriale.
Le cadre juridique repose principalement sur le Code des changes et du commerce extérieur tel que modifié et complété par les textes de 1993, 1994 et 2011, et surtout précisé par les circulaires de la Banque Centrale de Tunisie (BCT) qui indique les modalités opérationnelles applicables aux non-résidents, aux TRE et aux investisseurs étrangers.
Cette architecture réglementaire ne vise pas à empêcher les investissements mais à encadrer les flux financiers transfrontaliers. La distinction entre un investissement correctement structuré dès l’origine et un investissement mal documenté peut faire la différence entre un capital librement transférable et un capital difficilement récupérable plusieurs années plus tard.
Une question qui dépasse le simple rendement
Pour un investisseur basé en Europe ou en Amérique du Nord, le vrai calcul ne consiste pas seulement à mesurer le rendement brut d’un bien immobilier ou d’une entreprise.
Il faut également évaluer la liquidité future de l’investissement, la convertibilité des revenus générés, les modalités de cession ainsi que les mécanismes de transfert des capitaux à l’étranger.
C’est précisément sur ces aspects que se jouent les succès et les échecs les plus importants.