Jusqu’à une voiture d’occasion sur deux
importée en Europe serait touchée par une fraude au compteur
kilométrique. En 2025, Bruxelles promet une riposte d’ampleur qui
pourrait rebattre les cartes pour acheteurs et professionnels.
Sur le marché des véhicules d’occasion, le compteur fait encore
trop souvent office de mirage. Derrière un kilométrage rassurant
peut se cacher une voiture qui a en réalité beaucoup roulé. Les
institutions européennes estiment que la fraude au compteur touche
jusqu’à 10 % des transactions dans certains pays. Un chiffre qui
pèse lourd pour des acheteurs. Ils misent justement sur ce total de
kilomètres pour juger l’état réel d’une auto.
Au niveau européen, le problème prend une tout autre ampleur.
Entre 5 et 12 % des ventes nationales de voitures d’occasion
seraient concernées par une manipulation du compteur. Pour les
ventes transfrontalières, les estimations montent entre 30 et 50 %
des transactions. Le préjudice économique global atteindrait entre
5 et 10 milliards d’euros par an pour l’Union européenne. Dans ce
contexte, la Commission européenne prépare une
offensive plus structurée contre la fraude au compteur
kilométrique. Elle pourrait bien changer la donne pour
les acheteurs comme pour les professionnels.
Fraude au compteur kilométrique : pourquoi Bruxelles hausse
enfin le ton
Jusqu’à présent, la première ligne de défense passait par le
contrôle technique. Depuis la directive
2014/45/UE, les centres doivent relever le kilométrage à chaque
passage et signaler les incohérences. En France, ces données sont
centralisées et consultables via le service public
HistoVec. L’acheteur peut y vérifier l’historique
des contrôles d’un véhicule, à condition que le vendeur partage le
rapport. Pour autant, ces garde‑fous restent limités, surtout entre
deux contrôles techniques espacés de plusieurs années.
La fraude au compteur kilométrique reste
pourtant très attractive pour les fraudeurs. Les outils
électroniques pour modifier un compteur coûtent peu. La valeur d’un
véhicule peut alors grimper de plusieurs milliers d’euros. Le
risque augmente encore lorsqu’une voiture circule d’un pays à
l’autre. Les règles et les moyens de contrôle ne sont pas toujours
alignés. Le Parlement européen a tiré la sonnette d’alarme dès 2018
et demandé une législation spécifique, avec des sanctions pénales
harmonisées. En 2025, la Commission a donc mis sur la table un
projet de base de données européenne des
kilométrages. Elle serait bâtie à partir des relevés de
contrôle technique. L’objectif est de suivre le
kilométrage tout au long de la vie d’un véhicule.
Car-Pass, HistoVec : vers une base européenne des
kilométrages
Pour bâtir ce nouveau dispositif, Bruxelles regarde de près le
modèle belge Car-Pass, en place depuis 2004. Ce
système centralise les relevés de kilométrage à chaque passage chez
un professionnel. Il délivre un document officiel au moment de la
vente. En Belgique, le marché de l’occasion s’en est trouvé
largement assaini, avec beaucoup moins de véhicules
artificiellement « rajeunis ». Le projet européen reprend cette
logique. L’idée est de créer dans chaque État membre une base
nationale alimentée par les acteurs de l’automobile. Elle ne
reposerait pas seulement sur les centres de contrôle.
Concrètement, les garages pourraient être obligés d’enregistrer
le kilométrage à chaque intervention dépassant une heure sur un
véhicule. Ces relevés viendraient nourrir la base nationale, qui
servirait ensuite à éditer un historique complet au moment de la
revente. L’enjeu est d’offrir aux acheteurs un kilométrage
traçable, y compris pour une voiture d’occasion importée d’un autre
pays de l’Union. Pour les échanges entre États, le projet
s’appuierait sur des plates‑formes existantes comme
EUCARIS. Elle est déjà utilisée pour partager des
informations de carte grise. Reste à définir le calendrier précis,
les modalités d’accès pour le public et le niveau d’obligation pour
chaque professionnel. Ce sont autant de points qui seront tranchés
lors des prochaines négociations européennes.