L’entreprise publique sud-africaine de fret et de logistique Transnet a signé le vendredi 23 janvier dernier, en marge de la réunion annuelle du Forum économique mondial de Davos, un mémorandum d’entente (MoU) avec le Centre de formation portuaire d’Anvers/Flandres (APEC) et avec Port of Antwerp-Bruges International (PoABI). Le protocole d’accord met en place un cadre de coopération couvrant l’excellence opérationnelle des ports, la digitalisation, la planification des infrastructures, la durabilité et le développement des corridors régionaux, avec pour objectifs de moderniser l’industrie portuaire sud-africaine et de renforcer les performances logistiques du pays.
« Grâce à cette collaboration, nous tirerons parti des meilleures pratiques internationales pour consolider la position stratégique de nos ports en tant que portes d’entrée du commerce régional et international. Notre stratégie “Reinvent for Growth” (R4G) vise à moderniser, étendre et optimiser nos ports à travers des investissements et des partenariats stratégiques », a déclaré Michelle Phillips, la directrice générale du groupe.
Améliorer la productivité
Avec ce MoU, l’opérateur devrait ainsi bénéficier de l’expertise du Port d’Anvers-Bruges pour améliorer la productivité des plateformes sous sa tutelle et optimiser la gestion des flux de marchandises. Second le plus performant d’Europe, Anvers-Bruges figurait à la 15e place mondiale du classement Alphaliner des ports à conteneurs en 2024 . Le partenariat verra l’intégration des meilleures pratiques internationales, le renforcement des compétences techniques, le benchmarking et l’appui-conseil, afin de consolider durablement les capacités institutionnelles des différentes entités de Transnet.
Ce soutien technique du PoABI vient s’ajouter au prêt de 350 millions d’euros obtenu par Transnet en novembre 2025 auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI), accompagné d’une subvention de 21 millions d’euros de l’Union européenne. Ce financement qui s’aligne sur la stratégie Global Gateway vise la rénovation des infrastructures portuaires et ferroviaires, tout en soutenant la mise en place d’une chaîne de valeur de l’hydrogène vert, un segment stratégique pour la transition énergétique sud-africaine.
Un coup de boost dans une dynamique de reconquête
La signature de cet accord de coopération se fait alors que Transnet est engagé dans un vaste programme de redressement de son réseau ferroviaire et portuaire, fragilisé par plus d’une décennie de sous-investissement, des difficultés de gouvernance et des faits répétés de vandalisme. Les conséquences de cette crise logistique ont été lourdes pour l’économie sud-africaine : perturbations de la chaîne d’approvisionnement dans l’industrie automobile, ralentissement des exportations minières et perte de compétitivité sur les marchés internationaux.
Selon le rapport annuel 2023/2024 de la société, les contraintes ferroviaires et portuaires ont ainsi limité les exportations de minerai de fer à 55 millions de tonnes en 2023, entraînant une baisse de 6,7 % des ventes à l’export et la perte de la troisième place mondiale au profit du Canada. Longtemps considérée, comme un des éléments plombant l’économie la plus industrialisée du continent, Transnet cherche à se relancer et à redorer son image auprès du grand public, ainsi que des entreprises privées.
L’entreprise a annoncé en octobre 2025 un plan d’investissement de 127 milliards de rands (environ 6,7 milliards d’euros) sur cinq ans pour moderniser ses infrastructures. Elle a déjà investi 24 milliards de rands en 2024 (environ 1,263 milliard d’euros) et a prévu un budget de 25 milliards de rands (environ 1,315 milliard d’euros) pour 2025. Elle cherche notamment à améliorer la productivité des ports, à renforcer les capacités ferroviaires et à moderniser les équipements de manutention, notamment sur la plateforme stratégique de Durban.
Objectif : 250 millions de tonnes annuelles
L’objectif affiché est ambitieux : porter les volumes ferroviaires à 250 millions de tonnes par an d’ici 2030, contre 152 millions de tonnes en 2023/2024. Une montée en régime est en effet essentielle pour soutenir les exportations de matières premières, en particulier le charbon et le minerai de fer, qui restent des piliers de l’économie sud-africaine.
Sur le plan financier, la compagnie montre également des signes d’amélioration. Elle a réduit ses pertes à 1,9 milliard de rands (environ 100 millions d’euros) sur l’exercice clos fin mars, contre 7,3 milliards de rands (environ 384 millions d’euros) un an plus tôt. Une amélioration qui s’explique notamment par une progression de 7,8 % du chiffre d’affaires, qui s’est établi à 82,7 milliards de rands (environ 4,35 milliards d’euros), combinée à une baisse de 4,9 % des charges d’exploitation nettes, ramenées à 52,1 milliards de rands (environ 2,74 milliards d’euros).