Premier producteur mondial de métaux du groupe du platine (PGM), l’Afrique du Sud voit la transition énergétique ouvrir de nouveaux débouchés à une filière longtemps dominée par l’automobile thermique. Dans ce contexte, les groupes miniers sud-africains Sibanye-Stillwater et Valterra Platinum ont annoncé mardi 10 février un partenariat avec le britannique Johnson Matthey, afin de développer des technologies basées sur les PGM, y compris pour les usages liés à la transition énergétique.
Johnson Matthey est une société britannique de chimie de spécialités fondée en 1817 et reconnue pour son expertise dans le raffinage des PGM. Les deux autres compagnies exploitent plusieurs mines de PGM en Afrique du Sud, avec une production cumulée de platine de 3,14 millions d’onces en 2024, soit 54% de la production mondiale. Selon le World Platinum Investment Council (WPIC), la production minière mondiale de platine est estimée à 5,8 millions d’onces en 2024, dont environ 70% proviennent d’Afrique du Sud.
Deuxième producteur mondial de palladium derrière la Russie, le pays domine également l’offre mondiale de métaux associés comme le rhodium ou le ruthénium. Cette position fait de la nation arc-en-ciel l’un des pays les plus exposés à une évolution de la demande pour ces métaux, mais aussi l’un des principaux bénéficiaires de la diversification de leurs usages.
Diversifier la demande
Aujourd’hui, 60% de l’approvisionnement mondial est encore absorbé par les convertisseurs catalytiques des moteurs à combustion interne. Le platine et le palladium disposent de propriétés physiques et chimiques qui les rendent particulièrement efficaces pour neutraliser les polluants issus de la combustion des carburants. Utilisés depuis les années 1970 dans les systèmes de dépollution automobile, ces métaux ont vu leurs usages évoluer au fil du durcissement des normes environnementales et des progrès technologiques.
Les catalyseurs dits « trois voies », dominants désormais dans les véhicules à essence, combinent ainsi platine, palladium et rhodium afin de réduire simultanément les hydrocarbures, le monoxyde de carbone et les oxydes d’azote. Le partenariat tripartite annoncé vise à élargir ces débouchés, en misant sur des applications émergentes telles que l’hydrogène propre ou les technologies de détection et de réduction des émissions industrielles. L’initiative intervient alors que le monde poursuit ses efforts pour réduire le recours aux combustibles fossiles, notamment en misant sur la mobilité électrique pour remplacer les véhicules diesel et essence.
« Nous pensons que cette collaboration devrait permettre de développer avec succès des applications industrielles alternatives pour les PGM, garantissant et diversifiant la demande future. L’accent sera mis sur l’ensemble des métaux du groupe du platine et sur le développement d’un meilleur équilibre entre l’offre et la demande pour cet ensemble de métaux », explique Richard Stewart, directeur général de Sibanye-Stillwater.
Cette idée selon laquelle la transition énergétique peut à la fois peser sur les usages historiques des PGM et ouvrir de nouveaux débouchés aux producteurs n’est pas nouvelle. Dans un rapport publié en décembre 2022 en collaboration avec Hydrogen Council, la Banque mondiale conclut que le développement de l’industrie de l’hydrogène propre dans les prochaines décennies augmentera la demande de certains métaux, dont les PGM. Le document estime que la demande annuelle moyenne de platine primaire (non recyclé) destiné à l’industrie de l’hydrogène bas carbone pourrait représenter environ un tiers des niveaux de production observés en 2021. D’ici les années 2040, la demande annuelle d’iridium de la filière hydrogène propre pourrait représenter plus de 160 % de la production mondiale actuelle.
Entre risque et opportunité
Pour le secteur sud-africain des platinoïdes, la transition énergétique représente à la fois un risque et une opportunité. Si les compagnies peuvent théoriquement voir leurs revenus fragilisés par une contraction de la demande automobile, ce scénario apparaît peu probable à court et moyen terme. Historiquement déficitaire, le marché du platine devrait rester en déséquilibre au cours des prochaines années. Selon le WPIC, les déficits du marché du platine devraient en moyenne atteindre 348 000 onces par an entre 2027 et 2030, soit environ 4% de la demande mondiale. Après plusieurs années de déficit, le marché du palladium devrait en revanche connaitre un léger excédent sur la même période, soutenu par la hausse de l’offre de recyclage.
Des perspectives de marché globalement favorables aux producteurs de platinoïdes, qui bénéficient en outre d’une envolée des prix du platine, ceux-ci ayant plus que doublé depuis début 2025. Valterra Platinum a ainsi indiqué s’attendre à une hausse de 85% à 105% de son résultat courant, compris entre 15,6 et 17,3 milliards de rands (entre 827 et 917 millions d’euros) sur l’exercice clos au 31 décembre 2025, contre 8,4 milliards de rands (445 millions d’euros) un an plus tôt.