La BERD maintient ses prévisions de croissance pour le Maroc à 4,4% en 2026 et 4% en 2027, confirmant la résilience de l’économie nationale dans une région méditerranéenne fragilisée par les tensions géopolitiques, la hausse des prix de l’énergie et l’incertitude commerciale mondiale.

Dans une conjoncture mondiale redevenue plus incertaine, le Maroc fait partie des rares économies de la région sud et est de la Méditerranée dont les prévisions de croissance résistent aux révisions à la baisse. Dans son rapport «Regional Economic Prospects» de juin 2026, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD) maintient ses anticipations pour le Royaume, avec une croissance attendue à 4,4% en 2026 puis à 4,0% en 2027. Une trajectoire qui tranche avec le ralentissement prévu pour l’ensemble de la région, pénalisée par les tensions au Moyen-Orient, la hausse des prix de l’énergie, les perturbations commerciales et le durcissement des conditions financières.

La lecture de la BERD est prudente, mais elle confirme un point essentiel. Le Maroc aborde ce nouveau cycle de turbulences avec une dynamique plus solide que plusieurs économies comparables. Après une progression de 3,8% en 2024, la croissance marocaine a accéléré à 4,6% en 2025. Pour le premier trimestre 2026, l’institution retient même une estimation de 5,0%, avant une normalisation graduelle du rythme d’activité sur l’ensemble de l’année. Dans un rapport largement marqué par les révisions négatives, cette stabilité des prévisions marocaines constitue en soi un signal.

Une croissance au-dessus de la moyenne régionale
Le contraste est particulièrement net avec l’environnement régional. La BERD estime que la croissance de la région sud et est de la Méditerranée devrait ralentir à 2,5% en 2026, avant de rebondir à 4,2% en 2027. Le Maroc se situe donc nettement au-dessus de cette moyenne en 2026, avec une prévision de 4,4%. Il apparaît, aux côtés de l’Égypte, comme l’un des moteurs de la performance régionale observée en 2025. Cette trajectoire s’inscrit dans un contexte international nettement moins porteur.

À l’échelle de l’ensemble des économies couvertes par la BERD, la croissance devrait revenir de 3,4% en 2025 à 3,1% en 2026, avant de se redresser à 3,6% en 2027. L’institution souligne que la guerre au Moyen-Orient, déclenchée fin février 2026, a entraîné une hausse des prix du pétrole et du gaz, perturbé les chaînes d’approvisionnement et affaibli l’élan économique du premier trimestre dans plusieurs grandes économies de son périmètre.

Dans ce paysage, le Maroc bénéficie d’un positionnement relativement résilient. La BERD relève que l’activité a nettement accéléré en 2025 et que les prévisions n’ont pas été revues à la baisse depuis février. Cela distingue le Royaume d’autres économies plus directement exposées aux effets du conflit régional, à la volatilité énergétique ou aux tensions sur le commerce mondial.

L’inflation comme point d’appui
Autre élément favorable, l’inflation marocaine reste contenue. Selon la BERD, elle est passée d’un niveau moyen de 0,7% en 2025 à une déflation de 0,1% au premier trimestre 2026, sous l’effet de la baisse des prix alimentaires. Cette évolution contraste avec la tendance observée dans une grande partie de la région, où l’inflation est repartie à la hausse au début de 2026, portée par les prix de l’énergie et des produits alimentaires. Ce contexte a permis à Bank Al-Maghrib d’adopter une position d’attente. La banque centrale a maintenu son taux directeur à 2,25% en mars 2026, après une baisse cumulée de 75 points de base au cours des dix-huit mois précédents.

Des équilibres extérieurs sous surveillance
Le rapport met aussi en évidence une tension sur les comptes extérieurs. Le déficit du compte courant a doublé en 2025 pour atteindre 2,4% du PIB, sous l’effet d’un déficit commercial plus large. Cette évolution rappelle que la solidité de la croissance marocaine reste exposée au coût des importations, notamment dans un environnement marqué par la volatilité de l’énergie et des matières premières. Cette détérioration a cependant été partiellement amortie par deux facteurs majeurs. Le premier est le tourisme, avec un record de 19,8 millions d’arrivées en 2025. Le second est la vigueur des transferts des Marocains résidant à l’étranger. La BERD souligne d’ailleurs que les recettes touristiques ont soutenu les comptes extérieurs de plusieurs économies de la région, notamment le Maroc et l’Égypte. Les réserves officielles constituent un autre amortisseur. Elles se sont établies à 49 milliards de dollars en mars 2026, soit près de six mois d’importations. Dans un contexte où les tensions géopolitiques peuvent peser sur les flux commerciaux, les coûts de transport et les conditions de financement, ce niveau de réserves contribue à renforcer la capacité de résistance du pays.

Un arbitrage budgétaire délicat
Sur le plan budgétaire, le gouvernement vise un déficit de 3,5% du PIB en 2026. La BERD précise que cette trajectoire intègre une hausse des dépenses d’investissement et des dépenses sociales. Le Maroc se trouve ainsi dans un arbitrage classique, mais devenu plus exigeant. Il doit poursuivre l’effort d’investissement public, accompagner les besoins sociaux et maintenir une trajectoire budgétaire soutenable. L’institution souligne, pour l’ensemble de son périmètre, que les pressions budgétaires augmentent avec le choc énergétique et la remontée des rendements obligataires. Les économies de la région sud et est de la Méditerranée figurent parmi les plus exposées à ces tensions, en raison de niveaux d’endettement et de charges d’intérêt parfois élevés.

Dans le cas marocain, le rapport ne signale pas de rupture, mais il replace la politique budgétaire dans un environnement international moins favorable. La BERD identifie deux risques principaux pour le Maroc. Le premier concerne une hausse des prix des matières premières. Le second tient à l’incertitude entourant la politique commerciale mondiale. Ces deux facteurs sont extérieurs à l’économie marocaine, mais peuvent affecter ses équilibres par plusieurs canaux, à commencer par la facture d’importation, les coûts de production, les échanges industriels et la demande adressée par les partenaires commerciaux.

Le rapport insiste plus largement sur le durcissement du contexte mondial. Les tensions commerciales, la hausse des droits de douane américains en 2025, la réorientation des flux commerciaux et les perturbations liées au conflit au Moyen-Orient composent un environnement où les prévisions restent entourées d’un haut degré d’incertitude. Pour le Maroc, l’enjeu sera donc de transformer la résilience actuelle en consolidation durable.

La croissance prévue à 4,4% en 2026 ne relève pas d’un simple rebond statistique. Elle intervient dans un environnement régional affaibli et dans un cycle mondial marqué par des chocs successifs. Mais elle suppose que les moteurs internes restent solides et que les amortisseurs externes, notamment les recettes touristiques, les transferts des MRE et les réserves, continuent de jouer leur rôle.

Sanae Raqui / Les Inspirations ÉCO

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