Une délégation d’une cinquantaine d’entreprises britanniques a fait le déplacement, mercredi à Casablanca, pour sonder le marché local, en marge du Forum économique Maroc-Royaume-Uni, coorganisé par la CGEM et le UK Department for Business and Trade. En ligne de mire, les marchés d’infrastructures et de services adossés au Mondial 2030.
Une cinquantaine de patrons britanniques faisaient face, mercredi à Casablanca, à leurs homologues marocains, venus jauger l’appétit britannique pour les chantiers du Mondial 2030. Depuis le Brexit, qui l’a contraint à renégocier l’essentiel de ses accords commerciaux hors Union européenne, Londres cherche des relais de croissance sur des marchés à forte trajectoire. Le Maroc, de par sa position de carrefour entre l’Europe et l’Afrique, figure parmi les destinations courtisées. Londres en a fait l’un de ses partenaires africains de premier plan, comme en attestent les flux commerciaux. Les échanges entre les deux pays dépassent désormais 4,6 milliards de livres sterling par an, portés par l’accord d’association signé en 2019.
«Ce qui rend le Maroc attractif aujourd’hui tient en trois mots : l’ambition, la stabilité et l’exécution», affirme Mehdi Tazi, président de la CGEM.
Le Royaume, rappelle-t-il, vient d’être reconnu pays le plus industrialisé d’Afrique, devant l’Afrique du Sud, et s’apprête à exporter près d’un million de véhicules cette année. Côté britannique, cette ambition a un coût. «Londres met près de cinq milliards de livres sur la table via UK Export Finance pour soutenir les projets au Maroc et dans la région», annonce Ben Coleman, envoyé commercial du Premier ministre britannique pour le Maroc. Mais l’argent ne suffit pas, prévient-il. «Ce dont nous avons besoin, c’est l’assurance que les liens noués aujourd’hui deviendront un partenariat tangible», explique-t-il. «La confiance que nous nous accordons doit se transformer en projets réels et en héritage durable».
Évènement catalyseur
Il faut dire que la future consécration sportive n’est qu’un prétexte au doing business. «L’échéance 2030 est le déclencheur d’un rattrapage à mener sur les stades, le rail et la route», pose d’emblée Ali Belhaj, président du Conseil d’affaires Maroc-Royaume-Uni. Une vision que partage son partenaire britannique, qui élargit le périmètre bien au-delà des enceintes sportives.
«Le développement ne se résume pas à de beaux stades. Il s’articule autour des aéroports, des ports et des voies d’accès. C’est un projet de long terme, un héritage économique et social qui doit s’inscrire dans la durée», abonde dans le même sens Rodney Berkeley, directeur infrastructures et technologies au Department for Business and Trade.
Rencontres BtoB
Le forum ménageait, en marge des prises de parole, un espace de rencontres directes en BtoB. Des entreprises britanniques spécialisées dans la sécurité, les infrastructures et les technologies d’événementiel y présentaient leurs solutions, en quête d’un partenaire local qui les introduirait sur le marché. Des arguments que ces acteurs d’outre-Manche appuient sur une expérience établie, puisque leurs technologies équipent déjà la plupart des stades anglais et ont accompagné le Mondial qatari. Parmi elles, une enseigne spécialisée dans la sécurisation des sites sensibles, dont les bornes anti-bélier protègent déjà la plupart des stades de Premier League et plusieurs aéroports. Sa cible au Maroc, les enceintes du Mondial et l’extension de l’aéroport de Casablanca.
«L’organisation d’une Coupe du monde exige tout un arsenal sécuritaire. Il faut protéger toujours plus d’espaces, c’est notre métier», résume Jake Baldock, responsable du développement chez ATG Access, qui travaille avec Populous, le cabinet d’architectes retenu pour le futur grand stade Hassan II.
Dans le domaine numérique, une autre société spécialisée cherche un distributeur local pour une solution destinée à améliorer la survie des blessés lors des grands événements, déjà utilisée par les Casques bleus de l’ONU. «Le Maroc est l’endroit où il faut être», tranche David Morgan, fondateur de Black Space Technology. D’autres prestataires avancent leurs propres atouts. Une société de technologie et d’innovation, déjà passée par le Mondial qatari, met en avant une capacité de protection civile et de réponse aux catastrophes déployée auprès de plusieurs ministères. «Le Maroc apparaît comme une bonne porte d’entrée vers l’Afrique, et aussi vers l’Europe», observe Nicola Savage, directrice de l’Engagement et de la Collaboration de Excelerate. Tous l’admettent à demi-mot, ce n’est pas seulement le Maroc qu’ils visent, mais ce qu’il y a derrière : un accès au continent africain.
Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ÉCO
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