Alors que l’Europe cherche à diversifier ses capacités de
lancement, une start-up fondée à Elche, en Espagne, s’apprête à
franchir une étape décisive. Le 17 juin 2025, au Salon du Bourget,
le CNES a signé avec PLD Space un contrat autorisant le
développement de son complexe de lancement au Centre spatial
guyanais, d’où la fusée Miura 5 décollera cet été en 2026. PLD
Space devient ainsi la première entreprise privée à développer et
exploiter son propre complexe dans ce port spatial européen
historique, propriété du CNES et de ESA. Le programme a déjà décroché ses
premiers clients commerciaux et levé plus de 210 millions d’euros
en 2026.

Une fusée de 35 mètres taillée pour les petits satellites

Miura 5 est conçue pour placer jusqu’à 540 kg de charge utile en
orbite héliosynchrone. D’un diamètre de 2 mètres et dotée de deux
étages, elle récupérera son premier étage par parachutes en vue de
le réutiliser. Sa propulsion repose sur des moteurs entièrement
développés en interne. Le TEPREL-C, le moteur-fusée privé le plus
puissant d’Europe avec 190 kN de poussée, équipe le premier étage.
Tandis qu’une version adaptée au vide, le TEPREL-Vac, propulse le
second étage. Les moteurs brûlent un mélange de bio-kérosène et
d’oxygène liquide, ce qui contribue à réduire l’empreinte carbone
des missions. L’ESA a soutenu le développement du
lanceur via un contrat de cofinancement de 1,3 million d’euros,
destiné à développer MOSPA, un système modulaire d’adaptation de
charges utiles permettant d’embarquer une grande variété de
satellites, des CubeSats aux microsatellites.

Ce soutien institutionnel s’inscrit dans un cadre plus large.
L’ESA a lancé l’European Launcher Challenge pour élargir l’offre de
services de lancement en Europe et garantir un accès à l’espace
plus robuste et compétitif. Le programme a été ouvert aux
propositions en mars 2025. Il exige des entreprises retenues
qu’elles réussissent un lancement orbital au plus tard en 2027,
condition pour confirmer leur sélection définitive. Sur les douze
candidatures reçues, l’ESA a présélectionné cinq entreprises en
juillet 2025 dont PLD Space pour l’Espagne.

Les critères de sélection portaient sur la maturité technique,
la viabilité économique et la conformité avec les règles d’achat
institutionnel. L’Agence a réservé jusqu’à 169
millions d’euros par candidat retenu, couvrant à la fois des
contrats de services de lancement pour des missions
institutionnelles ESA entre 2026 et 2030, et une démonstration de
montée en capacité.

Premier contrat 100 % espagnol

Les travaux de génie civil du complexe de lancement de Miura 5
au CSG entrent dans leur phase finale, avec une livraison prévue
pour l’été 2026. Les infrastructures assemblées en Espagne
commencent à être expédiées vers Kourou. PLD Space a annoncé le 1er juin 2026 un
investissement total de 35 millions d’euros dans cette
infrastructure. Dont une part significative bénéficie à
l’écosystème industriel français et guyanais.

Sur le plan commercial, la dynamique s’accélère. En février
2026, PLD Space et l’opérateur Sateliot ont signé un contrat pour
le lancement de deux satellites Tritó. Ils pèsent chacun 160 kg et
iront en orbite basse lors d’une mission dédiée de Miura 5 prévue
pour 2027. Ce contrat consolide la première mission spatiale privée
entièrement espagnole, couvrant fabrication, lancement, opérations
et commercialisation.

Un maillon de l’autonomie spatiale du
continent

L’ESA a lancé l’European Launcher Challenge précisément pour
élargir l’offre de services de lancement en Europe et garantir un
accès à l’espace plus robuste et compétitif. La raison est simple.
Les retards d’Ariane 6 et la dépendance vis-à-vis des lanceurs
américains ont fragilisé la position de l’Union en matière d’accès
autonome à l’espace. L’enjeu se veut désormais stratégique autant
qu’industriel. Communications, sécurité, défense : l’accès
souverain à l’orbite doit se voir comme un prérequis pour
l’autonomie du continent.

Dans ce contexte PLD Space prend une valeur particulière. En
devenant la première entreprise privée à développer et exploiter
son propre complexe de lancement dans le port spatial européen,
elle incarne un modèle inédit. Celui d’un opérateur privé non
américain ancré sur sol européen. Le choix de Sateliot de lancer
ses satellites avec Miura 5 obéit d’ailleurs explicitement à ce
principe de souveraineté. Le signe que la logique de préférence
continentale commence à s’imposer aussi côté clients. PLD Space
anime par ailleurs une chaîne de valeur de près de 400 partenaires
industriels européens. Ce qui renforce un tissu de PME
technologiques qui n’existait pas il y a dix ans.

À terme, le lanceur devrait évoluer vers une réutilisation
complète. Miura 5 pourrait réaliser jusqu’à 30 missions par an. PLD
Space prévoit aussi une capsule habitée, Lince, povant embarquer
quatre à cinq astronautes. Elle aura une capacité de charge de 5
000 kg pour un volume de 8 m³. Il s’agirait de la première capsule
habitée développée par une société privée en Europe. Elle offrira
une version cargo et une version transport de passagers. A terme
des missions seront envisagées vers la Lune. Un premier vol d’essai
non habité est envisagé en 2028 depuis
Kourou.