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Les Aigles de Carthage disputeront leurs trois matchs de poule dans deux stades ouverts, à Monterrey et Kansas City, parmi les sites les plus exposés au stress thermique. Un handicap discret, mais potentiellement réel.

À quelques jours du coup d’envoi de la Coupe du monde 2026, le 11 juin, une donnée passe sous les radars : toutes les sélections ne partiront pas à armes égales face à la chaleur. Le tournoi, élargi à 48 équipes et co-organisé par les États-Unis, le Canada et le Mexique, se jouera en plein été nord-américain — sans la parade hivernale adoptée par le Qatar en 2022.

Pour la Tunisie, le tirage a été particulièrement sévère sur ce plan. Versée dans le groupe F, la sélection de Sabri Lamouchi affrontera la Suède, le Japon et les Pays-Bas. Son calendrier la conduit dans deux enceintes à ciel ouvert : le 14 juin face à la Suède, à 20h00 heure locale à Monterrey ; le 20 juin contre le Japon, à 22h00 toujours à Monterrey ; puis le 25 juin face aux Pays-Bas, à 18h00 locale à Kansas City — soit le 26 juin à 00h00 en Tunisie.

Monterrey, l’un des sites les plus exposés du tournoi

Le défi tient à la nature de ces deux stades. Une étude parue dans Scientific Reports a calculé, pour les seize enceintes du Mondial, des indices biométéorologiques adaptés à l’effort d’un footballeur. Dix des seize sites y sont jugés à très haut risque de stress thermique extrême ; le risque le plus élevé, marqué par des valeurs d’indice de stress thermique très fortes et des pertes hydriques excessives, se concentre l’après-midi dans les stades d’Arlington, de Houston et de Monterrey.

Une précision s’impose, car les chiffres impressionnants qui circulent prêtent à confusion. Les valeurs supérieures à 49 °C parfois citées pour Monterrey correspondent à un indice de stress thermique ressenti, l’UTCI, calculé pour les heures les plus chaudes — et non à une température de l’air mesurée sous abri, ni à une prévision pour les jours de match. Il s’agit d’une projection climatique du pire scénario, qui mesure ce que subit l’organisme, pas ce qu’affiche un thermomètre.

Le bon indicateur n’est pas la température, mais le WBGT

Pour le sport de haut niveau, la référence est le WBGT, un indice qui combine température, humidité, vent et rayonnement solaire. C’est sur cette base que sont fixés les seuils de sécurité. La FIFPRO et plusieurs experts médicaux recommandent des mesures de refroidissement à partir d’un WBGT de 26 °C, et le report d’un match lorsque cet indice dépasse 28 °C. Les règles de la FIFA ont toutefois longtemps retenu un seuil plus élevé pour rendre les pauses obligatoires : un report au-delà de 28 °C n’a donc rien d’automatique.

Or l’ampleur du problème dépasse le seul cas tunisien. Selon l’analyse du collectif World Weather Attribution, environ un match sur quatre, sur les 104 du tournoi, pourrait se disputer à un WBGT d’au moins 26 °C, et cinq rencontres au-delà du seuil de 28 °C.

Surtout, seuls trois des seize stades — Atlanta, Arlington et Houston — sont entièrement climatisés lorsque leur toit est fermé. D’autres enceintes disposent d’une couverture ou d’un refroidissement passif, sans offrir les mêmes conditions.

Des conditions de jeu très inégales selon les stades

C’est là que le calendrier tunisien pèse. À l’intérieur, une sélection programmée dans une enceinte climatisée comme celles de Houston ou d’Arlington bénéficie de conditions physiologiques très différentes de celles d’une équipe jouant à l’air libre — la chaleur restant toutefois un risque pour les supporteurs et les personnels aux abords des stades. La Tunisie, elle, disputera ses trois rencontres dans des stades ouverts, sans cette protection.

Le calendrier apporte cependant une nuance importante en sa faveur. Ses deux matchs de Monterrey se jouent en soirée, à 20h00 et 22h00, et non aux heures les plus brûlantes de l’après-midi, lorsque le stress thermique culmine. Même en soirée, les températures peuvent rester élevées après une journée de forte chaleur, et la structure ouverte du stade limite tout refroidissement de l’enceinte ; mais le risque y est moindre qu’en plein midi. C’est en réalité le troisième match, à Kansas City à 18h00 locale, qui pourrait exposer le plus les joueurs au rayonnement solaire, selon la météo du jour — Kansas City figurant parmi les sites ouverts à surveiller, en particulier lors des années les plus chaudes.

Un obstacle de plus pour une équipe en quête d’histoire

Le défi tunisien ne se limite évidemment pas au thermomètre. La Tunisie dispute sa septième Coupe du monde sans avoir jamais franchi le premier tour. Affronter le Japon et les Pays-Bas constituait déjà un obstacle majeur ; devoir composer avec la gestion de l’effort, de l’hydratation et des éventuelles pauses de rafraîchissement ajoute une variable que le staff devra anticiper.

Reste que la chaleur frappe les deux camps. Si l’encadrement tunisien parvient à transformer cette contrainte en paramètre maîtrisé — acclimatation, hydratation, rotation et gestion des temps faibles — la chaleur pourrait paradoxalement réduire les écarts face à des adversaires mieux cotés.

À Monterrey comme à Kansas City, une partie du match se jouera aussi en dehors du terrain.

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