Après plusieurs semaines d’incertitude et un bras de fer diplomatique à peine voilé, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, devrait se rendre à Alger les 16 et 17 février prochains.
Ce déplacement, – le premier – confirmé par l’entourage du ministre ce jeudi 12 février, vise à relancer une coopération bilatérale grippée par des contentieux migratoires et judiciaires.
La visite de Laurent Nuñez s’inscrit dans un calendrier diplomatique particulièrement dense. Si le principe du voyage était acté depuis le début du mois, les récentes déclarations du ministre sur les plateaux de BFM TV et LCP laissaient planer un doute sur l’échéance immédiate, Paris exigeant des gages de la part d’Alger.
L’enjeu principal de ce sommet bilatéral réside dans la gestion des flux migratoires. La France conditionne la fluidité des relations à une augmentation significative de la délivrance des laissez-passer consulaires (LPC). Ces documents sont indispensables pour l’exécution des Obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant les ressortissants algériens en situation irrégulière.
Lors de son échange avec la presse, Abdelmadjid Tebboune avait déclaré : « Pour les OQTF, nous les avons refusées à un ministre (Bruno Retailleau, ndlr) parce qu’il se permettait de prendre des Algériens, que j’ai juré de protéger, de les mettre dans un avion et de les renvoyer en Algérie ». Puis, il se fait donneur de leçons de droits (ceux-là même qu’il refuse aux Algériens) : « Ces Algériens ont des droits. Ils vivent en France depuis 10 à 15 ans. Il faut respecter leurs droits. Si la justice ordonne leur expulsion, il y a un recours. Nous avons des accords qui régissent cela. L’Algérie doit être informée, le consul doit rendre visite à la personne frappée d’une OQTF… Si tout est en règle, il signe le laisser-passer », a-t-il expliqué, affirmant que « celui qui veut humilier ou ridiculiser l’Algérie n’est pas encore né ».
Si l’on s’en tient à cette déclaration, le dialogue sera compliqué.
D’autant que jusqu’à présent, Laurent Nuñez avait adopté une posture de fermeté, rappelant que tout déplacement ministériel devait être précédé d’une « amorce » de réponse technique. Le feu vert donné pour lundi prochain suggère que des garanties ont été obtenues lors des derniers échanges téléphoniques entre le ministre français et son homologue algérien, Said Saayoud.
Outre le volet migratoire, deux autres dossiers sensibles pèseront sur les échanges :
La sécurité régionale : La lutte antiterroriste au Sahel reste un point de convergence nécessaire, malgré les divergences d’influence dans la région.
Le cas Christophe Gleizes : La détention du journaliste français en Algérie demeure une pierre d’achoppement. Paris espère que ce réchauffement sécuritaire facilitera un dénouement judiciaire. Ce journaliste a été condamné à 7 ans de prison par le tribunal de Tizi-Ouzou.
Cette visite intervient dans un climat de critique interne en France. Certaines figures politiques, à l’instar de Ségolène Royal lors de son récent passage à Alger, ont fustigé une diplomatie française jugée trop « exigeante », prônant un dialogue sans conditions préalables pour sortir de l’impasse.
Le succès de la mission de Laurent Nuñez, ne se mesurera pas à la chaleur des poignées de main, mais au déblocage du dossier des OQTF et du règlement de l’affaire du journaliste Christophe Gleizes dont la condamnation à 7 ans de prison par la justice algérienne a suscité beaucoup d’incompréhension et d’émotion en France.
Samia Naït Iqbal