l’essentiel
Sur le ring de Gênes, Narymane Beloucif a conquis sa deuxième ceinture. Après le titre national, elle s’est imposée au niveau européen dans la catégorie des moins de 55 kg. Un parcours atypique.
La résidente gaillacoise a dominé le combat. Deux des trois juges lui ont donné 8 rounds sur 10, l’Intelligence Artificielle aussi. Le troisième juge italien a vu un « autre combat » avec un léger avantage (6-4) à la boxeuse locale. Narymane a imposé son style – garde basse, jabs pour profiter de son allonge et mobilité pour l’esquive – dans les quatre premières reprises. Au troisième round, elle a touché « dur » : l’adversaire a vacillé dans les cordes, sauvée par le gong. « Mon entraîneur m’a dit : on boxe devant son public. Il faut aller à la guerre et marquer l’esprit des juges ». Narymane a monté sa garde et marché sur l’italienne. Elle était la première au centre du ring et donnait le premier coup. « Je me disais : c’est ton soir, cette ceinture, c’est la tienne ». Elle a dominé la fin du combat, imposé son cardio, son mental et sa technique et s’est mise à l’abri des décisions parfois surprenantes qui émaillent encore l’histoire de la boxe. Narymane, 33 ans, s’est installée à Gaillac il y a cinq ans « J’ai commencé la boxe tard, à 22 ans à Toulouse où j’ai fait mes études. Je fais toujours partie du Boxoum, le club de Sofiane Oumiha qui est un partenaire d’entraînement ». Professionnelle depuis 2022, elle a obtenu le diplôme d’Educatrice Protection Judiciaire de la Justice et travaille (à 80 % du temps) au Centre de détention pour mineurs à Lavaur.
The cerebral
Elle avait le soutien du quartier du Griffoul où elle habite, du Centre où elle travaille et du Boxoum où ses partenaires la surnomment « The cerebral » en référence à sa réflexion et ses choix musicaux. « Je rentre sur une musique classique. À Gênes, c’était la Quatrième de Beethoven. Elle calme le public alors que le rap ou le metal le survolte ». Cette victoire, c’est six mois de préparation intensive et une hygiène vie monacale. « Maintenant, je coupe une semaine, puis je reprends le sport mais sans boxe pendant une autre. Ensuite je me préparerai pour un combat en mai ». La Fédération de boxe décidera de la prochaine adversaire, ceinture en jeu.
Narymane est professionnelle, mais les bourses et primes sont loin de couvrir les frais de préparation. Adidas lui fournit les équipements (gants, chaussures…) mais « il y a une accumulation de petites dépenses. Les allers-retours à Toulouse, les compléments alimentaires, la rémunération de l’entraîneur… ». Elle aimerait disputer le prochain championnat d’Europe en France « mais c’est 20 000 € ». À Gênes, Narymane Benloucif a remercié le public en italien, ses quelques supporters en français et répondu en espagnol à une radio ibérique. Maman, juriste et polyglotte, « The cerebral » a montré qu’elle avait aussi la foudre dans les gants.