En attendant la publication d’éventuelles données officielles, une certitude s’impose : la CAN 2025, organisée au Maroc, marque l’entrée du football africain dans une nouvelle ère, où la réussite d’un tournoi ne se mesure plus uniquement au nombre de buts inscrits ou de spectateurs présents, mais aussi à sa capacité à concilier performance sportive, attractivité économique et responsabilité environnementale.
Pendant un mois, le Maroc a vécu au rythme du football africain. Stades flambant neufs ou profondément rénovés, afflux de supporters, mobilisation des transports et des infrastructures : la Coupe d’Afrique des Nations 2025 a constitué l’un des plus grands événements sportifs jamais organisés dans le Royaume et sur le continent. Mais derrière la réussite sportive et populaire se pose désormais une question de plus en plus incontournable : quel a été le coût environnemental de la compétition ? Si aucun bilan carbone officiel n’a encore été publié par la Confédération africaine de football (CAF) ou les autorités marocaines, plusieurs éléments permettent d’esquisser les contours de l’empreinte écologique du tournoi. Comme pour la plupart des grands événements sportifs internationaux, le principal facteur d’émission ne se trouve ni dans les stades ni dans les infrastructures, mais dans les transports.
L’effet TGV
La CAN 2025 a rassemblé 24 sélections nationales, des milliers d’officiels, de journalistes et plusieurs centaines de milliers de supporters venus des quatre coins du continent et d’ailleurs. Pour beaucoup d’entre eux, l’avion a constitué le principal moyen de déplacement. Or, dans les méthodologies internationales de calcul du bilan carbone des événements sportifs, le transport aérien représente généralement la part la plus importante des émissions de gaz à effet de serre.
Le Maroc disposait néanmoins d’un avantage majeur : la relative proximité géographique des villes hôtes. Rabat, Casablanca, Tanger, Fès, Marrakech et Agadir forment un réseau urbain connecté par des infrastructures modernes, limitant les déplacements internes de longue distance.
Le train a notamment joué un rôle stratégique. Le réseau ferroviaire national, renforcé par la ligne à grande vitesse Al Boraq, a permis à de nombreux supporters de privilégier des déplacements moins émetteurs de carbone que la voiture individuelle ou l’avion. C’était également le cas pour certaines équipes nationales. L’ONCF rappelle d’ailleurs que le transport ferroviaire génère plusieurs fois moins d’émissions de CO₂ par passager-kilomètre que le transport routier.
Patrimoine sportif
Autre élément favorable : la politique de rénovation plutôt que de construction systématique. Contrairement à certaines compétitions internationales qui ont nécessité l’édification de nouveaux équipements à grande échelle, la CAN 2025 s’est appuyée en grande partie sur des infrastructures existantes modernisées pour répondre aux standards internationaux. Neuf stades ont ainsi été réhabilités ou mis à niveau dans le cadre d’un vaste programme d’investissement.
Cette approche présente un avantage environnemental important. La construction d’un stade neuf génère généralement des émissions massives liées à la production de ciment, d’acier et aux travaux de chantier. En réutilisant une partie importante de son patrimoine sportif, le Maroc a réduit une composante significative de l’empreinte carbone de l’événement. Les organisateurs ont également mis en avant plusieurs dispositifs destinés à améliorer la performance environnementale des infrastructures sportives. Des solutions d’efficacité énergétique, des équipements utilisant l’énergie solaire, des systèmes d’économie d’eau ainsi que des démarches de certification environnementale ont été intégrés dans plusieurs enceintes rénovées.
Neutralité carbone ?
Pour autant, la CAN 2025 ne peut prétendre à une neutralité carbone totale. Les déplacements internationaux demeurent un défi majeur. Les supporters venus d’Afrique australe, d’Afrique de l’Est ou encore de la diaspora installée en Europe ont effectué des trajets aériens dont l’empreinte carbone reste difficile à compenser intégralement. Les experts rappellent d’ailleurs qu’un bilan carbone crédible ne se limite pas aux émissions directes des stades. Il doit également prendre en compte les transports, l’hébergement, la restauration, la logistique, les retransmissions télévisées et même la fabrication des équipements utilisés pendant la compétition.
La CAN 2025 pourrait toutefois constituer un laboratoire grandeur nature pour les ambitions environnementales du Maroc en vue de la Coupe du monde 2030. Les infrastructures développées aujourd’hui continueront d’être utilisées pendant des décennies. Les investissements réalisés dans les transports, l’efficacité énergétique et la modernisation urbaine dépassent largement le cadre d’un seul tournoi. Le véritable héritage écologique de la compétition se mesurera donc sur le long terme. Si les équipements rénovés permettent de réduire durablement la consommation énergétique des stades, si les transports collectifs gagnent de nouveaux usagers et si les pratiques environnementales expérimentées durant la CAN deviennent la norme, alors l’empreinte carbone initiale pourrait être en partie amortie par les bénéfices futurs.
Abdellah Benahmed / Les Inspirations ÉCO
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