Publié aujourd’hui à 16h01, modifié à 16h13
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En Afrique du Nord, lorsqu’on parle de coopération militaire avec les États-Unis, tous les regards ont tendance à se tourner vers le Maroc. Traditionnellement proche de Washington, le royaume entretient des relations particulièrement suivies sur le plan de la défense avec son allié américain, qu’il s’agisse d’achat de matériel ou de l’organisation, chaque année, de l’exercice conjoint African Lion souvent considéré comme un baromètre de l’état des relations diplomatiques dans la région.

Si elle est forte, cette relation n’est toutefois pas exclusive. Pragmatiques, les Américains prennent soin de ménager les autres pays du nord du continent. Y compris l’Algérie, avec laquelle les relations sont parfois difficiles mais jamais totalement coupées. Ou encore la Libye, soumise à de nombreuses influences étrangères et où Washington avait surpris, fin 2025, en annonçant l’organisation prochaine d’un vaste exercice militaire.

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Une coopération militaire tournée vers la Méditerranée

Puissance modeste par comparaison avec ses puissants voisins, la Tunisie n’entend pas non plus se faire oublier. C’est visiblement ce que Tunis a voulu rappeler en donnant un certain retentissement à la visite sur son sol, ce 8 juin, du commandant des forces navales américaines en Europe et en Afrique, l’amiral George M. Wikoff.

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En présence de l’ambassadeur des États-Unis Bill Bazzi, l’officier s’est entretenu avec le ministre de la Défense tunisien, Khaled Shili, ainsi qu’avec de nombreux hauts gradés parmi lesquels le chef d’état-major de la Marine. Les forces navales étaient d’ailleurs au cœur des échanges car si la Tunisie ne dispose pas d’une armée très importante par rapport à celles du Maroc ou de l’Algérie, elle joue un rôle non négligeable en Méditerranée, à la fois par sa position géographique et à travers les différents accords qui la lient avec l’Europe, en particulier dans le domaine du contrôle des flux migratoires. D’autant qu’à l’inverse, les voisins algérien et marocain ont en commun de disposer de marines relativement modestes par rapport au reste de leurs forces armées.

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L’amiral Wikoff et ses interlocuteurs ont évoqué la coopération militaire en général, encadrée par une feuille de route portant sur la période 2020-2030, et particulièrement sa dimension navale. Développement des capacités maritimes tunisiennes, préparation opérationnelle des forces spéciales de la Marine et création d’un centre de formation des forces d’élite maritimes qui pourrait accueillir des entraînements conjoints et des exercices multilatéraux étaient au programme des discussions.

Tunis nourrit l’ambition de devenir une plateforme régionale de coopération militaire, au moins dans le domaine maritime, et de jouer à l’avenir un rôle plus important dans Phoenix Express, l’exercice naval multinational organisé chaque année en Méditerranée, depuis une vingtaine d’années, sous commandement américain.

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Sans oublier la Chine…

Hasard du calendrier : le lendemain de la visite de l’amiral Wikoff, les autorités tunisiennes annonçaient la visite d’une délégation de représentants de la province chinoise du Hunan. Si aucun sujet de coopération militaire n’était au programme, des accords économiques et commerciaux ont été signés afin d’ouvrir plus largement aux entreprises tunisiennes exportatrices les portes de ce territoire de 65 millions d’habitants qui a décidé d’exonérer les produits tunisiens de droits de douane pour les deux années à venir quand l’Amérique de Donald Trump a pris une décision totalement inverse.

Une manière de montrer que si les autorités américaines savent se montrer pragmatiques en matière de relations diplomatiques, Tunis n’est pas en reste sur le sujet.

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Olivier Marbot

Rédacteur en chef adjoint Politique à Jeune Afrique, spécialiste du Moyen-Orient