L’Ouganda a annoncé dimanche qu’il maintenait l’interdiction des plateformes de réseaux sociaux, tout en levant le blocage national d’internet, quelques heures après la proclamation de la réélection du président Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 40 ans.
Internet a été bloqué deux jours avant les élections présidentielles et législatives de jeudi. Le gouvernement a justifié la mesure par la lutte contre la «désinformation», tandis que l’ONU a critiqué une décision «profondément inquiétante».
La majeure partie du pays est restée calme après le scrutin, mais de petites manifestations de protestation ont été organisées samedi soir après l’annonce du résultat de la présidentielle. Du gaz lacrymogène a été tiré dans certains quartiers de la capitale, Kampala, selon des journalistes de l’AFP.
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Dimanche matin, la présence des forces de sécurité à Kampala semblait avoir considérablement diminué, les rues étant de nouveau fréquentées et les magasins ouverts.
Pourquoi de telles coupures?
«Les plateformes de réseaux sociaux […] restent temporairement soumises à des restrictions afin de continuer à se prémunir contre les abus susceptibles de menacer l’ordre public», a déclaré George Nyombi Thembo, directeur exécutif de la Commission ougandaise des communications (UCC).
Hormis les réseaux sociaux, l’essentiel d’internet est à nouveau accessible, a-t-il ajouté, estimant que la coupure de plusieurs jours était «nécessaire et proportionnée». Cette coupure visait à «prévenir la propagation rapide de la désinformation et des fausses informations, à freiner les risques de fraude électorale et à protéger contre l’incitation à la violence pendant une période nationale particulièrement sensible», a-t-il assuré.
George Nyombi Thembo a refusé de préciser quand l’accès complet à internet serait rétabli, déclarant à la presse: «Je ne souhaite pas donner d’estimation.» «Nous sommes une agence raisonnable. Nous sommes un gouvernement raisonnable. Nous ne prévoyons pas que cela dépasse un délai raisonnable permettant d’atténuer le risque que nous voyons», a-t-il dit.
Intimidations dénoncées
Les élections de jeudi ont été marquées par une faible participation et un important déploiement des forces de sécurité, le gouvernement cherchant à prévenir des manifestations similaires à celles observées en Tanzanie voisine lors des élections d’octobre dernier.
Les analystes considéraient depuis longtemps ce scrutin comme une simple formalité, Yoweri Museveni exerçant un contrôle total sur l’État et l’appareil sécuritaire. Yoweri Museveni a été réélu au premier tour pour un septième mandat consécutif avec 71,65% des suffrages, selon la commission électorale. L’opposition a annoncé qu’elle rejetait ces résultats.
Des observateurs électoraux de l’Union africaine, du Comesa (Marché commun de l’Afrique orientale et australe) et de l’IGAD (Autorité intergouvernementale pour le développement), des blocs régionaux, ont évoqué des informations faisant état «d’intimidations, d’arrestations et d’enlèvements de dirigeants de l’opposition, de candidats, de partisans, de médias et d’acteurs de la société civile».
Ces actions attribuées aux forces de sécurité ougandaises «ont semé la peur et érodé la confiance du public dans le processus électoral», selon les observateurs.
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