Les fournisseurs de l’automobile sont-ils entendus ? Après le cri d’alarme lancé par les équipementiers et sous-traitants automobiles en danger de mort, Renault, Stellantis et Volkswagen répondent… très partiellement aux attentes. Les trois constructeurs, qui affirment représenter plus de 60% de la production européenne, affichent ce vendredi une position commune laborieuse, dans un document envoyé aux députés. 

Et ce, alors que le Parlement européen vient d’être saisi de la proposition émise par la Commission en mars dernier d’établir un contenu local européen minimum pour la production de véhicules. Un document  a minima touffu et complexe, qui reflète l’ambiguïté de cette position commune des trois constructeurs ! Pas sûr que son manque de clarté soit efficace auprès des parlementaires ! 

Alignement sur Bruxelles

Renault, Stellantis et Volkswagen y soutiennent officiellement le  contenu européen de 70% sur les véhicules proposé par la Commission. Paradoxalement, le document des constructeurs se garde de mentionner les véhicules électriques. On pourrait donc imaginer que les constructeurs exigent un calcul sur… l’ensemble des véhicules, électriques mais aussi hybrides ou thermiques, comme le demandent les fournisseurs ! Mais las. Après vérification de notre part, il s’agit juste d’un oubli sémantique… 

Le contenu de 70% concerne donc bien les seuls modèles électriques. Alors que les fournisseurs français voulaient l’étendre à l’ensemble de la production auto. Renault, Stellantis et Volkswagen se bornent donc à soutenir la proposition de la Commission sur ce point. Pas très nouveau.

L’Europe est européenne

Seul élément inédit, finalement, de la part des constructeurs : l’exigence que l’Europe soit définie stricto sensu dans le périmètre des 27 Etats membres plus les pays associés comme la Grande-Bretagne. Tandis que la Commission envisageait d’inclure les pays tiers avec lesquels l’Union a signé des accords de libre-échange… comme le Maroc ou la Turquie. Des pays dans lesquels Renault et Stellantis sont pourtant bien implantés. Mais ces deux constructeurs craignent en fait que les Chinois ne profitent trop dans leur offensive européenne des bases industrielles qu’ils sont en train d’établir eux-mêmes dans ces deux pays. Renault, Stellantis et Volkswagen plaident donc pour une définition strictement européenne de l’Europe !

Les trois constructeurs refusent en tout cas implicitement une demande majeure des fournisseurs tricolores. Ceux-ci réclamaient un contenu de 70% spécifique calculé sur les composants. Renault, Stellantis, Volkswagen plaident au contraire pour un calcul  global sur la valeur totale du véhicule, incluant recherche-développement, ingénierie, production et… composants. Une position qui a toujours été celle de Renault !  

Proposition « très insuffisante »

On est évidemment loin de la position maximaliste des fournisseurs tricolores ! La Fiev (Fédération des équipementiers) ainsi que les représentants professionnels de la carrosserie, la mécanique, la fonderie, la plasturgie et du caoutchouc ont présenté jeudi un rapport choc de 90 pages sur « Le défi chinois dans l’automobile », élaboré par le Gerpisa (Groupe d’études et de recherche permanent sur l’industrie et les salariés de l’automobile), avec le soutien du CNRS (Centre national de la recherche scientifique) et de l’École normale supérieure de Paris-Saclay. Auto Infos en avait dévoilé les détails le 29 mai dernier. 

La proposition de Bruxelles d’un contenu made in Europe de 70% sur les seuls véhicules électriques est « très insuffisante », juge notamment l’étude. Ce contenu européen minimum ne couvrirait en effet qu’une partie des achats de pièces automobiles dans l’Union européenne ! Rien de plus. « Les trois quarts de la chaîne d’approvisionnement resteraient sans protection », d’après le rapport !