Le Syndicat professionnel national des opticiens du Maroc (SPNOM) alerte sur l’essor d’un marché parallèle de l’optique, mêlant points de vente illégaux et intermédiaires non agréés. Son secrétaire général, Nouamane Cherkaoui, dénonce des pratiques frauduleuses, notamment la manipulation des feuilles de soins, et appelle les autorités à renforcer les contrôles et l’application de la loi pour protéger la profession et les systèmes de remboursement.

Dans votre communiqué, vous décrivez ce qui s’apparente à une économie souterraine bien établie. S’agit-il d’un marché parallèle structuré ?
La structure de ce marché évolue. On ne voit plus de magasin ouvrir sans autorisation pour proposer des solutions d’optique. Le circuit s’est réadapté. Des commerces qui ont pignon sur rue et des intermédiaires démarchent désormais la clientèle en toute illégalité.

Disposez-vous d’ordres de grandeur, en nombre de points de vente illégaux, en volume de dossiers suspects ou en préjudice pour la CNSS et les organismes d’assurance maladie ?
Il n’existe pas de chiffres officiels. Mais prenez une ville comme Azrou, où nous nous sommes mobilisés récemment. On y compte sept opticiens et cinq points de vente illégaux, parfumeries et intermédiaires confondus, qui n’ont ni qualification ni autorisation et proposent pourtant un produit médical, avec tout ce que cela implique pour la sécurité sanitaire. Nous ciblons en priorité les entreprises qui alimentent ce circuit et livrent des structures fantômes dépourvues de traçabilité, alors que la loi leur impose d’écouler leurs verres auprès des seuls opticiens. D’où l’objet de notre plainte contre une entreprise d’Azrou qui opère de la sorte, pour mettre un terme à ce type de dérive et réclamer réparation au bénéfice de la profession.

Vous évoquez aussi la manipulation des feuilles de soins. Comment cela se traduit-il concrètement ?
C’est là que le préjudice devient collectif. Ces structures vendent une paire de lunettes deux cents dirhams et en déclarent mille au client pour le remboursement. La différence est supportée par la collectivité.

Qu’exigez-vous des autorités publiques ?
Le Maroc connaît un développement fulgurant dans nombre de domaines : infrastructures, BTP, tourisme… Il est dès lors inadmissible que les métiers liés à la santé demeurent dans un tel abandon. Nous avons exprimé nos préoccupations à plusieurs reprises sans réponse de la tutelle. Dans certaines régions, les autorités locales laissent faire. Tout individu ou toute entreprise sans autorisation devrait se voir refuser l’exercice et être renvoyé devant la justice.

Ayoub Ibnoulfassih / Les Inspirations ÉCO

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