“Les forces de sécurité ougandaises ont enlevé vendredi le principal chef de l’opposition, Bobi Wine, à son domicile”, à la veille de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle, rapporte The New York Times, relayant les affirmations de son parti, la Plateforme d’unité nationale (NUP).
M. Wine, qui affrontait pour la deuxième fois M. Museveni, 81 ans, au scrutin présidentiel, avait dénoncé dans la matinée “des fraudes électorales généralisées et des bourrages d’urnes”, précise The Washington Post. “Quelques heures plus tard, les forces armées ougandaises ont coupé l’électricité au domicile de Wine, escaladé la clôture entourant la résidence et commencé à forcer l’entrée de la maison”, selon le porte-parole de la NUP.
Puis “un hélicoptère militaire s’est posé dans la propriété de M. Wine et l’a emmené de force vers une destination inconnue”, affirme un communiqué de la NUP publié sur X. Le gouvernement ougandais a démenti les affirmations de la NUP, assurant que Bobi Wine et son épouse étaient “en sécurité chez eux”, sous “la protection de la police”, selon Sky News.
“Simple formalité”
“Wine, une star de la pop de 43 ans reconvertie en homme politique, qui affirme représenter la jeunesse dans un pays où la majorité de la population a moins de 30 ans, a promis de lutter contre la corruption et d’imposer des réformes radicales”, observe la BBC. M. Museveni – qui brigue un septième mandat – soutient pour sa part “qu’il est le seul garant de la stabilité et du progrès en Ouganda”.
Mais les observateurs considéraient “depuis longtemps” l’issue du scrutin comme “une simple formalité”, relève The Guardian. “Museveni, ancien guérillero qui a pris le pouvoir en 1986, exerce un contrôle total sur l’État et l’appareil de sécurité et a impitoyablement écrasé toute opposition durant son règne. Après avoir voté jeudi, il a déclaré aux journalistes qu’il s’attendait à remporter 80 % des voix” s’il n’y avait pas de “fraude”.
Les pronostics se confirmaient vendredi soir : selon les résultats préliminaires de la commission électorale, M. Museveni disposait d’une avance confortable avec près de 74 % des voix, loin devant Bobi Wine (23 %). Les résultats définitifs sont attendus samedi.
Une victoire écrite d’avance, donc, après une campagne “entachée” par la “répression généralisée”, les “intimidations d’électeurs” et les “violences contre l’opposition”, souligne Foreign Policy. “Avant le scrutin, les autorités gouvernementales ont également imposé une coupure d’internet”, au prétexte de “prévenir la désinformation, la manipulation de l’information et la fraude électorale”.
Violences à travers le pays
Mais à Kampala, “les tensions s’intensifiaient” vendredi, “à mesure que les bulletins de votes étaient dépouillés” rapporte Sky News. Alors que Bobi Wine avait appelé dans la matinée ses partisans à manifester, la correspondante de la chaîne britannique dans la capitale témoigne de la présence d’“officiers militaires lourdement armés” dans les rues, alors que retentissaient “coups de feu” et détonations de “grenades assourdissantes”.
“Au moins douze personnes ont été tuées et des dizaines d’autres blessées à la suite des violences généralisées qui ont éclaté pendant et après le scrutin dans plusieurs régions du centre de l’Ouganda et à Kampala”, confirme Monitor.
Al-Jazeera rapporte notamment les déclarations de Muwanga Kivumbidu un député de la NUP du district de Butambala (centre), qui a affirmé des policiers avaient fait irruption dans sa maison dans la nuit de jeudi à vendredi, alors que des dizaines de partisans de l’opposition s’y étaient rassemblés pour attendre l’annonce des résultats.
“Ils ont tué 10 personnes à l’intérieur de ma maison”, a-t-il déclaré. “Il y avait des gens dans le garage qui attendaient les résultats pour célébrer ma victoire, ils ont forcé la porte d’entrée et ont commencé à tirer à l’intérieur du garage. C’était un massacre”.