Juin 2025, nous partagions le désarroi des habitants de la rue d’Amsterdam, excédés par les montagnes de déchets colonisées par les goélands et mouettes. Juin 2026, le constat visuel est le même, mais l’insalubrité a franchi un cap.
Si les oiseaux marins continuent d’éventrer les sacs sur la chaussée, ils partagent désormais le butin avec un acteur bien plus redouté : le rat. En plein jour, les rongeurs pullulent, s’invitent dans les habitations et menacent la sécurité des riverains.
« C’est devenu Bagdad » : des rats dans les VMC, une fillette mordue
Sur place, les témoignages des habitants décrivent une situation devenue hors de contrôle. « 39 ans que je suis là et c’est devenu Bagdad », lâche une habitante, encore sous le choc d’avoir « retrouvé un rat dans [son] pot de fleurs il y a peu ». Pour Grégory, dont la maison fait directement face au point de collecte, le quotidien est miné par l’angoisse : « On se retrouve infesté de rats. Il y a des gens qui se retrouvent à avoir les rats qui montent dans leur VMC ! Hier encore, je suis sorti, mon chien a failli manger un rat mort. »
« On sait qu’à côté, beaucoup de médias sont en alerte à cause des virus transmis par les rongeurs. J’ai croisé une gamine avant-hier qui s’est fait mordre par un rat », s’alarme Grégory. Bertan, 23 ans, partage cette inquiétude au retour de la mosquée, son tapis de prière sous le bras : « À côté, il y a l’école, il y a les enfants, les personnes âgées… C’est surtout pour eux. C’est embêtant, c’est chiant quoi. »
Le système de badge pointé du doigt
Au cœur de cette crise, le nouveau système de conteneurs de Saint-Brieuc Armor Agglomération essuie un tir groupé de critiques. Pour ouvrir le tambour, il faut désormais badger. Une mesure censée inciter au tri et donc réduire les déchets.
« Déjà, les badges, il n’y a que la moitié des habitants du quartier qui les ont eus. Ma famille n’en a pas eu », révèle Ryan, 22 ans. « Donc les poubelles, honnêtement, on ne peut pas les ouvrir, on est obligé de mettre par terre. » Grégory, lui, pointe du doigt l’inadaptation des trappes : « Les gens qui avaient des grosses poubelles ne pouvaient déjà pas les mettre dans les conteneurs. » Il fustige une méthode infantilisante : « Les gens n’ont pas envie d’aller à la mairie pour prendre une carte pour être, entre guillemets, fliqués sur un truc. »
Face à l’incivisme, les autorités impuissantes ?
Devant l’urgence, l’Agglo et le bailleur social Terres d’Armor Habitat ont pourtant mis les bouchées doubles, allant jusqu’à recruter un prestataire privé pour épauler la régie de quartier. Des pièges ont été posés. Mais l’incivilité chronique réduit ces efforts à néant, malgré les opérations de sensibilisation menées par les autorités.
Gisèle, 87 ans, assiste désabusée à ce travail de Sisyphe : « Un monsieur est venu en début de semaine, ils ont tout nettoyé. Regardez, c’est comme s’ils n’avaient rien fait. Ce matin encore, un monsieur vient avec son camion, il enlève tout. Un quart d’heure après, quelqu’un revient mettre son truc. »
« Certains disent que des gens d’ailleurs viennent déposer leurs ordures, c’est un prétexte pour déresponsabiliser les gens du quartier. Il y a trop de personnes sales, c’est tout », s’agace un habitant du quartier de longue date.
Le problème serait aussi financier. Tout simplement : « Il ne faut pas se voiler la face », souffle un autre habitant. « Pour beaucoup, ils ont bien compris que les badges allaient les obliger à payer les ordures ménagères s’ils font trop de déchets, en particulier s’ils ne trient pas. Parce qu’il y a beaucoup de personnes qui ne trient pas. »