La tension monte en Afrique du Sud à l’approche du 30 juin. Depuis plusieurs semaines, les manifestations xénophobes se multiplient à travers le pays.
Yeoville, un quartier populaire de Johannesburg, est connu pour ses rues animées et son rôle historique de porte d’entrée pour les migrants. Yeoville est souvent considéré comme l’un des quartiers les plus panafricains d’Afrique du Sud. Aujourd’hui, partout on y entend le même sujet de conversation : les tensions xénophobes qui se durcissent.
Cadette Kakesa, a fui l’est de la RDC il y a quinze ans. Elle explique avoir « 3 enfants. La petite a 5 ans. Depuis, la naissance, le gros intestin n’est pas bien passé. Elle pleure toute la nuit : « maman, le ventre me fait mal. » Ça demande l’opération. Le HCR m’avait appelée, pour que je parte avec l’enfant au Johannesburg Hospital. Elles ne veulent pas soigner. On m’a dit : tu n’as pas les papiers, comment est-ce qu’on va soigner l’enfant ? J’avais les papiers. On m’a refusé les papiers, ça fait deux ans. Donc je vis dans la peur ».
Des commerces attaqués
Les leaders du mouvement anti-immigration accusent les étrangers de prendre les emplois des Sud-Africains, de faire pression sur les services publics et d’être impliqués dans la criminalité. Des arguments populistes, régulièrement avancés dans un pays confronté à un chômage massif et une crise économique persistante. Des commerces tenus par des étrangers ont été attaqués, tandis que des centaines de ressortissants mozambicains et malawiens ont trouvé refuge dans des centres d’accueil temporaires. Certains pays africains, tels que le Nigeria ou le Ghana, ont même commencé à organiser le rapatriement de leurs citoyens.
« Par rapport au 30 juin, on est tous inquiets. Il y a la xénophobie. Ça fait vraiment peur », témoigne anonymement un Camerounais qui vit depuis 22 ans dans le pays.
Il poursuit : « Moi, je me dis que c’est lié à la politique, c’est tout. Par rapport aux élections. Mais je me dis aussi que les politiciens sud-africains ne pensent pas aux dégâts que ça peut causer. Ils mettent la vie des gens en péril. Si le gouvernement ne fait pas quelque chose, il y aura des violences. »
L’Afrique du Sud a déjà connu plusieurs vagues de violences xénophobes meurtrières par le passé. Et à mesure que l’échéance du 30 juin approche, beaucoup craignent une nouvelle flambée d’animosité.

Le Nigeria a récemment critiqué les violences xénophobes en Afrique du Sud et appelé Pretoria à agirSodiq Adelakun/REUTERS
Le ministre sud-africain de l’Intérieur a annoncé dimanche (14.06.26) que son pays a rapatrié 2.745 étrangers dans la semaine qui a suivi la promesse du président Cyril Ramaphosa de durcir la lutte contre l’immigration illégale. Le ministre Leon Schreiber a indiqué que les chiffres pouvaient « évoluer ».
Cyril Ramaphosa a dit reconnaître dimanche (07.06.26) les inquiétudes concernant l’immigration illégale, mais a averti que les autorités ne toléreraient pas que quiconque se fasse justice lui-même. Le gouvernement a précisé que la plupart des personnes rapatriées se trouvaient illégalement dans le pays. Plus de trois millions d’étrangers vivent en Afrique du Sud, soit 5,1% de la population, selon l’agence nationale de statistiques.