Après l’achèvement des travaux de restauration, la ville de Fès entame une phase d’exploitation économique de son patrimoine bâti. Douze édifices historiques s’ouvrent aujourd’hui aux investisseurs privés et institutionnels. L’objectif consiste à rentabiliser les infrastructures tout en assurant leur préservation à long terme grâce à de nouveaux partenariats de gestion.

La ville de Fès innove en matière de gestion de son patrimoine bâti. Après l’achèvement des travaux de restauration physique, les autorités locales préparent l’intégration de plusieurs sites au sein du circuit économique et culturel. L’approche adoptée vise à dépasser la simple conservation architecturale pour instaurer un modèle d’exploitation durable. Ainsi, les responsables de la ville prévoient de confier l’animation et la gestion d’une sélection d’infrastructures à des acteurs institutionnels ou privés.

Le but consiste à générer des revenus réguliers capables de couvrir les frais d’entretien tout en stimulant la création d’emplois locaux. En ouvrant l’accès à des capitaux externes, l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès (ADER-Fès) cherche à transformer des édifices inexploités en centres d’activité. La démarche s’inscrit dans une politique globale de redynamisation du tissu urbain ancien, où un regroupement de bâtiments historiques servira de levier de développement pour l’artisanat et les services liés à l’accueil des visiteurs.

Quatre phases d’étude pour définir un modèle de gestion pérenne
Afin de préparer le recours aux investisseurs, une analyse structurée en plusieurs séquences est actuellement en cours de déploiement. Dans un premier temps, un diagnostic approfondi évaluera les infrastructures existantes, les modèles de financement actuels et la qualité de l’accueil du public. L’examen portera également sur l’accessibilité, la présence numérique et la cohérence de l’image territoriale globale.

Parallèlement, une observation des pratiques internationales permettra d’identifier des méthodes de gestion éprouvées dans d’autres villes historiques. Ensuite, les données récoltées serviront à élaborer une stratégie de mise sur le marché. Il s’agira d’établir des parcours touristiques fluides et de définir des concepts d’animation spécifiques pour chaque lieu, tout en différenciant les publics cibles allant des habitants de la région aux voyageurs internationaux.

Les équipes dirigeantes formuleront par la suite des objectifs chiffrés concernant les durées de séjour, le taux de satisfaction et les recettes d’exploitation attendues. Le périmètre d’action englobe une douzaine d’édifices aux caractéristiques diversifiées, couvrant une surface cumulée dépassant les 35.000 mètres carrés. Le programme inclut des complexes aux vastes dimensions comme Dar Al Makina qui s’étend sur plus de 12.000 mètres carrés, ainsi que la zone archéologique des Tombeaux mérinides. D’anciennes infrastructures de défense, à l’image du Borj Sidi Bounafae ou du Borj Boutouil, figurent également sur la liste des biens à aménager.

En outre, des espaces autrefois dédiés au commerce de transit ou au stockage de marchandises seront proposés aux professionnels de l’hôtellerie ou de la culture. Le portefeuille regroupe, notamment, le Hri Boutouil, le Foundouq Achich, le Foundouq Sagha, Dar Bab Guissa, la Maison de l’artisan ou encore le marché couvert de Souq Semmarine. Enfin, des installations techniques d’époque intègrent la sélection, avec le répartiteur d’eau de Boujloud et l’horloge hydraulique. L’ensemble de l’inventaire nécessite l’élaboration d’un projet d’utilisation précis, adapté au statut foncier propre à chaque édifice.

Un nouveau cadre contractuel basé sur la performance
L’aboutissement de l’analyse préalable se traduira par la publication de plusieurs appels à manifestation d’intérêt. Les entités intéressées par l’exploitation de ces lieux devront répondre aux cahiers des charges dédiés pour chaque site. En effet, la relation partenariale reposera sur le suivi continu d’indicateurs de performance. Les gestionnaires retenus s’engageront sur des critères qualitatifs et quantitatifs stricts, allant du volume de fréquentation à la qualité de l’entretien quotidien des bâtisses.

Pour assurer le contrôle de ces engagements, l’ADER-Fès prévoit la mise en place d’une équipe de supervision dédiée et la structuration d’un comité de pilotage doté d’outils de suivi standardisés. Les accords intègreront systématiquement des clauses de résiliation dans l’éventualité où les standards de service exigés ne seraient pas atteints par l’exploitant. Par conséquent, la politique patrimoniale intègre pleinement les méthodes d’évaluation issues du domaine de l’ingénierie d’affaires.

Mehdi Idrissi / Les Inspirations ÉCO

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