La Banque africaine de développement (BAD) va débloquer un financement total de 3 milliards USD (environ 2,5 milliards d’euros) destiné à l’Algérie, pour la construction de la ligne ferroviaire Laghouat – Ghardaïa – El Menéa, longue d’environ 495 km. C’est ce qu’a indiqué le président Abdelmadjid Tebboune à la presse nationale le 7 février, précisant qu’il s’agit d’un prêt remboursable sur 13 ans. L’institution panafricaine avait déjà approuvé en novembre 2025 un prêt de 747,3 millions d’euros pour financer une première section du tracé.
Un corridor stratégique vers le Sahara et le Sahel
Ce projet d’infrastructure représente aussi la première phase de la Transsaharienne ferroviaire, destinée à relier Alger à Tamanrasset sur près de 2 000 km, avec un raccordement prévu vers le Niger. Prévue pour être achevée d’ici 2028, cette Transsaharienne doit désenclaver les bassins de production agricole et minière des wilayas de Laghouat, Ghardaïa et El Ménéa, et aussi faciliter le fret des ressources minières dans les régions désertiques du Sahara et du Sahel.
« De nombreux gisements sahariens, distants de près de 2 000 kilomètres des ports, sont pénalisés par un transport routier coûteux et lent. Le développement de la Transsaharienne, avec des trains de marchandises roulant à 220 km/h, permettra de rendre viable l’exploitation et la transformation locale de ces ressources, tout en ouvrant des débouchés logistiques pour les pays voisins dépourvus d’accès maritime », indiquait la BAD en novembre 2025.
Des plans ambitieux pour le rail
Ce financement est annoncé dans un contexte plus large d’augmentation des capacités du réseau ferré algérien. Le pays nord-africain s’est fixé pour objectif de doubler son linéaire actuel pour atteindre environ 10 000 km à l’horizon 2030, avec une cible de 15 000 km à plus long terme. Le plan priorise les axes structurants pour le fret et le désenclavement des régions intérieures.
Dans le Sud et l’Ouest du pays, il se matérialise déjà avec la mise en service progressive de grands corridors miniers. Le 1er février 2026, Abdelmadjid Tebboune inaugurait ainsi la ligne ferroviaire reliant Gara Djebilet à Béchar, sur près de 1 000 kilomètres à travers les profondeurs sahariennes du Sud-Ouest. Cette infrastructure ouvre la voie à l’exploitation du gisement de Gara Djebilet, considéré comme l’une des plus importantes réserves de fer non exploitées au monde, avec des ressources estimées à environ 3,5 milliards de tonnes s’étendant sur près de 40 000 hectares.
Financée par l’État et réalisée par un consortium réunissant la China Railway Construction Corporation et des entreprises locales, la nouvelle ligne permettra concrètement d’acheminer le minerai de fer via Béchar vers les grands centres industriels du Nord, en particulier Oran, située à environ 1 500 kilomètres de Gara Djebilet. À terme, la desserte pourrait être étendue vers Annaba dans l’Est du pays, afin de renforcer encore l’intégration du gisement dans la chaîne sidérurgique nationale.
Audelà des grands chantiers sahariens, plusieurs projets ferroviaires structurants sont en cours ou programmés pour densifier et moderniser le réseau algérien. Dans l’Est, une ligne minière de 420 km doit être équipée de trains à haute capacité capables de transporter jusqu’à 10 millions de tonnes de phosphate par an, avec le doublement de la voie sur certains tronçons stratégiques pour fluidifier le trafic. En outre, la ligne des HautsPlateaux, longue de 1 046 km, devrait être pleinement opérationnelle cette année, avec la réception du dernier tronçon de 73 km entre Tiaret et Tissemsilt.