Merve Gül Aydoğan Ağlarcı

18 Juin 2026•Mise à jour: 18 Juin 2026

AA / Hamilton, Canada

La représentante spéciale des Nations unies pour la Libye a alerté jeudi sur une recrudescence de la désinformation et des discours haineux visant les migrants, les réfugiés et les travailleurs humanitaires, estimant que cette situation menace les avancées politiques « fragiles » enregistrées dans le pays.

S’exprimant devant le Conseil de sécurité, Hanna Tetteh, qui dirige également la Mission d’appui des Nations unies en Libye (MANUL), a souligné que « si le processus politique a retrouvé un certain élan, les progrès demeurent fragiles » et a averti que « l’opportunité qui se présente ne doit pas être manquée ».

Selon elle, de fausses informations concernant les intentions de l’ONU en Libye ont alimenté un climat d’hostilité et provoqué des attaques contre des installations onusiennes.

« Des allégations fausses et trompeuses, notamment celles affirmant que l’ONU envisagerait d’installer des migrants ou des réfugiés en Libye, ont contribué à créer un climat d’hostilité, de menaces et de violences à l’encontre des travailleurs humanitaires et du personnel des Nations unies », a-t-elle déclaré. Ces rumeurs ont déjà conduit à des actes de violence contre des locaux de l’ONU, illustrant « les dangers réels » que représente la désinformation.

Hanna Tetteh a insisté sur le fait que la question migratoire constitue « une préoccupation légitime de l’opinion publique », mais qu’elle doit être abordée « sur la base des faits et non de la peur », dans le cadre d’un débat public responsable plutôt qu’à travers des récits « incendiaires, mensongers et provocateurs ».

Balayant les rumeurs qui alimentent les troubles, elle a insisté sur le fait que « les problèmes du pays ne peuvent être résolus par des mensonges et la recherche de boucs émissaires ».

Sur le plan politique, la responsable onusienne a indiqué que le « Dialogue structuré », lancé le 14 décembre dans le cadre de la feuille de route présentée au Conseil de sécurité en août dernier, s’était achevé le 7 juin après six mois de consultations. Environ 120 Libyens issus de divers horizons politiques, professionnels, sociaux et géographiques y ont pris part.

« Le droit du peuple libyen de choisir ses représentants et ses institutions afin qu’ils bénéficient d’une légitimité démocratique ne devrait pas rester indéfiniment entravé par la paralysie institutionnelle », a-t-elle affirmé.

Abordant la situation économique, Hanna Tetteh a estimé que la hausse récente des prix mondiaux de l’énergie avait certes permis une augmentation des recettes et offert un répit temporaire, sans pour autant résoudre les problèmes structurels du pays.

« La progression des prix mondiaux du pétrole et du gaz a accru les revenus et apporté un soulagement à court terme, mais cela ne doit pas masquer les vulnérabilités structurelles », a-t-elle déclaré.

Elle a attribué les pénuries récurrentes de carburant à des réseaux de contrebande solidement implantés. « La principale cause de ces pénuries demeure l’existence de réseaux enracinés qui exportent illégalement hors du pays des produits pétroliers raffinés subventionnés, au détriment du consommateur libyen », a-t-elle expliqué.

La cheffe de la MANUL a enfin estimé que la Libye se trouvait à un tournant décisif, soulignant que la responsabilité première du progrès incombe aux acteurs libyens, même si l’appui de la communauté internationale reste indispensable.

« La Libye dispose désormais d’un éventail plus clair d’options politiques, mais la fenêtre d’action se réduit », a-t-elle averti.

La Libye demeure divisée depuis plusieurs années entre des autorités rivales dans l’est et l’ouest du pays. Les tentatives répétées d’organiser des élections nationales continuent d’échouer en raison de désaccords persistants sur le cadre constitutionnel et les critères d’éligibilité des candidats.

* traduit de l’anglais par Ayse Betul Akcesme