Dans leur modeste maison du village de Yawota, dans l’État d’Oyo, au Nigeria, Deborah Oyedele et sa sœur Abosede Ojedele se rongent les sangs depuis un mois, dans l’attente de nouvelles de leurs enfants kidnappés dans leur école par des hommes armés.
Le fils de Deborah et les deux garçons d’Abosede font partie des 46 enfants âgés de 2 à 16 ans et membres du personnel enlevés le 15 mai dans les écoles de deux localités voisines situées en bordure du parc national Old Oyo.
L’armée nigériane a attribué ce kidnapping aux jihadistes de Boko Haram.
« Hannah me demande sans cesse où sont ses frères et son cousin », indique Abosede en berçant sa fille de trois ans dans ses bras. « Elle ne comprend pas pourquoi elle ne les voit plus », ajoute-t-elle.
Les enlèvements contre rançon constituent un problème récurrent dans le nord du Nigeria. Mais ils sont inhabituels dans le sud du pays, où se situe l’État d’Oyo, l’un des plus peuplés du pays, dont la capitale Ibadan est un important pôle éducatif.
— Remords —
Les rapts de Yawota et Ahoro-Esinele ont profondément choqué l’opinion publique nigériane, notamment dans la moitié sud du pays, suscitant de vives inquiétudes quant à la sécurité des enfants dans les établissements scolaires.
Épuisée, Abosede Ojedele confie à l’AFP ne plus vouloir envoyer ses enfants à l’école pour le moment, du moins pas dans la localité.
« Il n’y aura plus d’école pour eux ici », affirme-t-elle. « Aucun parent n’enverrait volontairement son enfant dans une école où des bandits ont enlevé des élèves », ajoute-t-elle.
La mère de Deborah et Abosede, Funmilayo Ojo, est pleine de remords. C’est elle qui avait encouragé sa belle-fille Mary à accepter un poste d’enseignante à Yawota et lui avait fait quitter la ville d’Ogbomoso, à 41 kilomètres de là.
Mary et son enfant de deux ans comptent parmi les 25 personnes enlevées à l’école maternelle et primaire baptiste de Yawota.
« Je ne pourrai plus lui conseiller de continuer à enseigner », déplore la grand-mère qui garde espoir de retrouver ses quatre petits-enfants et sa belle fille sains et saufs.
Depuis le début de l’insurrection de Boko Haram en 2009 dans le nord-est du pays, des groupes jihadistes ont établi leurs campements dans les zones forestières et parcs nationaux du Nigeria, profitant d’une présence de l’État limitée. Plusieurs ont peu à peu gagné du terrain dans la moitié nord du Nigeria.
Le lendemain des attaques des écoles, une équipe de soldats, de membres d’une force paramilitaire et de chasseurs a affronté les assaillants pendant environ deux heures.
« Nous avons pris environ 40 motos et roulé pendant cinq heures dans la réserve », décrit Waliu Aje, un chasseur qui a participé à la traque. « Ils ont ouvert le feu en entendant le bruit de nos motos », se remémore-t-il. Une personne a été tuée et plusieurs blessées par une bombe dissimulée dans une moto abandonnée, selon lui.
– Rues silencieuses –
Les localités de Yawota et Ahoro-Esinele ne disposaient d’aucun dispositif de sécurité avant les attaques. Une unité militaire a depuis été déployée dans l’une des écoles visées pour protéger les habitants.
Mais les villages ont été désertés, de nombreuses maisons et commerces gardent porte close, a constaté l’AFP.
À quelques kilomètres, dans le village d’Oko Ile, des enfants travaillent dans les champs, dans un joyeux chahut qui contraste avec le silence pesant des zones attaquées.
« Toutes les forces sont mobilisées pour s’assurer que ces enfants et leurs enseignants soient bientôt ramenés sains et saufs », a affirmé à l’AFP Fayoade Adegoke, le directeur adjoint de la police.
L’attaque, inédite dans l’État d’Oyo, suscite des craintes d’expansion jihadiste vers des régions jusque-là considérées comme plus sûres. Elle représente aussi un défi politique pour le président Bola Tinubu, qui briguera un second mandat en janvier.
Le syndicat national des enseignants a demandé au début du mois le retrait des professeurs des écoles jusqu’à nouvel ordre dans l’État d’Oyo. « Nous ne nous sentons pas en sécurité. Si cela a pu leur arriver là-bas, personne n’est en sécurité », explique Gbeko Fatai, enseignant à Iseyin, à environ 55 kilomètres de Yawota qui craint une baisse des inscriptions scolaires.
Le président du syndicat dans l’État d’Oyo, Hassan Ajibola Fatai, affirme que des discussions sont en cours sur de nouvelles mesures de sécurité pour les zones rurales vulnérables. « Le gouvernement a pris la sécurité des écoles très au sérieux, et lorsque ces mesures seront mises en œuvre, nous lèverons la grève », assure-t-il.
Au Nigeria, seuls 61 % des enfants âgés de 6 à 11 ans fréquentent régulièrement l’école primaire, selon l’Unicef.
publié le 19 juin à 07h34, AFP
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