Ces dernières semaines, la flambée des prix du pétrole vient rappeler combien l’Afrique reste dépendante des importations d’hydrocarbures. Cette nouvelle donne incite à reposer la question de l’électrification. Cette transition, déjà entamée sur les deux-roues, pourrait désormais s’étendre à de nouveaux usages, portée par une équation économique qui est en train de basculer.
Par Benjamin Romain et Léo Poupineau*
Le paradoxe est connu : l’Afrique compte parmi les plus grands producteurs d’hydrocarbures, mais exporte majoritairement son brut pour le racheter au prix fort sous forme de produits raffinés. Si l’inauguration de la méga-raffinerie de Dangote au Nigeria infléchit la donne, le constat reste inchangé : 70% du carburant consommé en Afrique vient encore d’ailleurs. (Africa Finance Corporation)
Cette dépendance affecte directement le pouvoir d’achat et les comptes publics. Selon les Nations Unies, les coûts logistiques peuvent représenter jusqu’à 40 % du prix final des marchandises dans certains pays (UNCTAD). Les États, quant à eux, peinent à supprimer les subventions à la pompe sans risquer l’embrasement social.
Électrifier pour sécuriser, plus que pour verdir
A cette fragilité structurelle s’ajoutent plusieurs tendances de fond qui convergent en faveur de l’électrique.
D’abord, le coût des véhicules et des batteries a chuté. Les constructeurs, notamment chinois (Sinotruk, BYD, Sany, CATL), proposent désormais des modèles électriques quasiment alignés sur les prix des thermiques, y compris pour les poids-lourds. A l’usage, les véhicules électriques sont également plus économiques. L’énergie solaire devient très compétitive et la sophistication des batteries de stockage progresse rapidement, permettant d’en limiter l’intermittence (CrossBoundary). Cette équation se vérifie sur le terrain : l’expédition « Road to Addis » menée entre Nairobi et Addis-Abeba par la start-up Kabisa fin 2025 a démontré qu’un camion électrique avait un coût d’énergie significativement inférieur à celui de son équivalent diesel (Kabisa / Climate Center). La prévisibilité des coûts est également un argument de taille car les coûts de l’électricité sont contractualisés sur le temps long, là où les variations des prix du carburant peuvent détruire les marges d’un opérateur en quelques semaines.