Saïf al-Islam Kadhafi, l’un des fils du défunt dictateur libyen, a été assassiné mardi par un commando armé. Il y a deux décennies, l’homme exposait ses œuvres à Montréal et copinait avec les puissants du monde.

Mis à jour hier à
18 h 50

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« Il a été tué [mardi] à Zenten, dans sa maison, par un commando de quatre personnes », a déclaré à l’AFP son avocat français, Marcel Ceccaldi. Selon l’un de ses conseillers, les assaillants auraient « pris d’assaut » sa résidence « après avoir neutralisé les caméras de surveillance, puis l’ont exécuté ».

Saïf al-Islam Kadhafi, 53 ans, était recherché par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes contre l’humanité. En 2015, il a été condamné à mort par un tribunal de Tripoli, capitale de la Libye, avant de bénéficier d’une amnistie. Mais avant de tomber dans la disgrâce, le fils de Mouammar Kadhafi avait incarné le renouveau de son pays – de même que son ouverture sur le monde.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Mouammar Kadhafi en 2005

Il a étudié à la prestigieuse London School of Economics, un passage qui lui a permis de frayer avec le prince Andrew (déchu depuis de ses titres royaux) et l’ex-premier ministre britannique Tony Blair. Il a aussi entretenu pendant des années une relation avec Orly Weinerman, actrice et mannequin israélienne.

Or, son image de réformateur a pâli à mesure que le régime faiblissait, jusqu’à tomber en 2011. Au début de la rébellion, il disait vouloir la dompter, allant jusqu’à évoquer des « rivières de sang ».

Vernissage à Montréal

En septembre 2005, Saïf al-Islam Kadhafi, peintre à ses heures, a présenté ses œuvres au Marché Bonsecours, à Montréal. L’exposition itinérante – intitulée Le désert n’est pas silencieux – était commanditée notamment par Bombardier, Petro-Canada et la société d’ingénierie SNC-Lavalin.

« Je veux que les gens gardent une image culturelle et pacifique de mon pays, avait-il déclaré aux journalistes présents en grand nombre à l’évènement. Avec un peu de chance, cela pourra aussi attirer des touristes. » Des personnalités d’affaires et des politiciens étaient également au nombre des convives. Le ministre libéral Henri-François Gautrin avait évoqué un « grand honneur » pour lui et le peuple québécois de recevoir Saïf al-Islam Kadhafi.

Président de SNC-Lavalin à l’époque, Jacques Lamarre avait quant à lui fait valoir que Mouammar Kadhafi était un « grand démocrate ». Ceux qui disent du colonel qu’il est un dictateur, avait-il avancé, « ne connaissent pas l’histoire ».

Au fil des décennies, la firme québécoise de génie a versé des millions en pots-de-vin au régime libyen, notamment à Saadi Kadhafi, un autre fils du dictateur, en échange de mégacontrats dont la valeur se chiffrait en milliards.

Sécurité compromise

Peu de détails sont pour l’heure connus quant aux auteurs de l’assassinat. « On ne sait pas » qui sont les hommes armés, a dit Me Ceccaldi, qui a affirmé s’être entretenu avec son client il y a trois semaines environ.

Il a toutefois précisé avoir appris il y a une dizaine de jours, par l’un des proches de Saïf al-Islam Kadhafi, « que des problèmes se posaient au niveau de sa sécurité ».

« À tel point que le chef de la tribu [des Kadhafi] avait téléphoné à Saïf. Il lui avait dit : “Je vais vous envoyer du monde pour assurer votre sécurité.” Et Saïf a refusé », a-t-il poursuivi. Jusqu’à l’annonce de sa mort, on ne savait pas où il se trouvait. « Il bougeait souvent », a confirmé son avocat mardi.

En 2021, le fils Kadhafi avait déposé sa candidature à la présidentielle, misant sur le soutien des nostalgiques de l’ancien régime. Or, l’élection ne s’est finalement pas tenue.

De l’avis de l’expert Emad Badi, la mort de Saïf al-Islam Kadhafi est « susceptible de le transformer en martyr aux yeux d’une partie conséquente de la population ».

L’ex-porte-parole du régime Kadhafi, Moussa Ibrahim, a dénoncé un acte « perfide » : « Il voulait une Libye unie et souveraine, sûre pour tous ses habitants. Ils ont assassiné l’espoir et l’avenir, et semé la haine et le ressentiment », a-t-il écrit sur X.

Depuis la chute de Mouammar Kadhafi, la Libye peine à retrouver sa stabilité et son unité.

Deux exécutifs s’y disputent le pouvoir : le gouvernement d’unité nationale (GNU) installé à Tripoli, dirigé par Abdelhamid Dbeibah et reconnu par l’ONU ; et un exécutif à Benghazi (Est), contrôlé par le maréchal Haftar et ses fils qui ont étendu leur présence militaire dans le sud du pays.

Avec l’Agence France-Presse