Les flux d’investissements directs étrangers (IDE) à destination de l’Afrique ont atteint 28 milliards de dollars au premier semestre 2025, soit une baisse de 42% en glissement annuel. C’est ce qui ressort du dernier rapport de l’ONU Commerce et développement (anciennement Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement/CNUCED).
Intitulé « Global Investment Trends Monitor », le rapport précise que cette baisse a été plus marquée en Afrique du Nord, où les flux d’IDE se sont situés à 11 milliards de dollars entre le 1er janvier et le 30 juin de l’année en cours contre 27 milliards de dollars durant la même période de l’année écoulée. La forte hausse enregistrée au premier semestre 2024 était essentiellement liée au mégaprojet de développement urbain de la péninsule égyptienne de Ras El-Hekma, porté par Abu Dhabi Developmental Holding Company, le fonds souverain de l’émirat d’Abu Dhabi.
En Afrique subsaharienne, les IDE ont connu une baisse de 23% en glissement annuel au premier semestre 2025, à 17 milliards de dollars. Plus généralement, les flux d’IDE captés par le continent africain sur les six premiers mois de l’année en cours se sont inscrits à contre-courant de la tendance générale observée dans les économies en développement, où les flux entrants d’IDE sont restés stables dans l’ensemble même si des augmentations ont été enregistrées en Amérique latine et dans les Caraïbes (+12%) et dans les pays en développement d’Asie (+7%).
À l’échelle mondiale, les IDE ont reculé de 3%, à 737 milliards de dollars, dans un contexte marqué par la montée des tensions commerciales, la persistance de taux d’intérêt élevés et des incertitudes géopolitiques. Cette baisse s’explique principalement par la contraction des flux vers les économies développées, où les fusions et acquisitions transfrontalières ont diminué de 18%, à 173 milliards de dollars.
Le rapport de l’ONU Commerce et développement ne détaille pas l’origine des flux d’IDE vers le continent, mais le World Investment Report 2025 de la même institution permet d’en préciser la structure. En matière de stock d’IDE, c’est-à-dire les actifs effectivement détenus en Afrique, les partenaires traditionnels du continent conservent une avance nette, et l’Europe y joue un rôle central. Parmi les cinq premiers pays investisseurs en Afrique en 2023, on retrouve les Pays-Bas, le Royaume-Uni et la France, avec des stocks d’IDE respectifs de 70, 58 et 53 milliards de dollars. Lorsqu’on élargit au top 10, les économies occidentales concentrent près de 60 % du stock total d’investissement étranger présent sur le continent.
La Chine a vu ses stocks d’IDE progresser au cours des deux dernières décennies pour atteindre 42 milliards de dollars en 2023, mais ce niveau reste inférieur à ceux des principaux investisseurs européens et des États-Unis. Selon le think tank britannique Overseas Development Institute (ODI), la perception d’une présence chinoise dominante s’explique surtout par la croissance rapide des engagements de Pékin et par la forte visibilité de nombreux projets d’infrastructures, notamment portuaires et ferroviaires. L’institut rappelle toutefois que ces projets reposent majoritairement sur des financements publics accordés sous forme de prêts aux gouvernements africains, et non sur des prises de participation. La présence occidentale reste quant à elle ancrée dans plusieurs secteurs clés, de l’énergie aux services en passant par les télécommunications et les industries extractives.