Quinze ans après l’effondrement du régime de Mouammar Kadhafi, la quête d’une légitimité démocratique unifiée reste un mirage en Libye. Bien que les principales instances institutionnelles des deux rives politiques aient paraphé un accord de principe fixant la tenue de scrutins présidentiel et législatifs simultanés pour le début de l’année prochaine, le refus du maréchal Khalifa Haftar d’adhérer à ce calendrier replonge immédiatement le processus dans l’incertitude géopolitique.
Une lueur d’espoir institutionnelle a brièvement émergé au cours de la semaine. À la suite d’une réunion stratégique organisée en visioconférence le mardi 16 juin 2026, les trois principaux organes étatiques de la Libye ont formalisé l’adoption d’un « document de principes ». Cet accord tripartite dessine les contours d’une trajectoire électorale visant à coupler le renouvellement du Parlement et l’élection du chef de l’État « au plus tard le 17 février 2027 ».
Cette initiative a scellé une union sacrée temporaire entre des structures historiquement antagonistes. Le texte a reçu la validation conjointe, à l’Ouest, du Conseil présidentiel et du Haut Conseil d’État installés à Tripoli et bénéficiant de la reconnaissance de l’ONU. À l’Est, le Parlement siégeant à Benghazi a également apposé sa signature, matérialisant un axe législatif commun inédit. Selon le compte-rendu d’antenne diffusé par la rédaction de RFI, cette démarche conjointe avait pour but de briser le statu quo qui paralyse le pays depuis l’avortement des élections de décembre 2021, bloquées à l’époque par des différends constitutionnels insurmontables liés aux critères d’éligibilité des candidats.
La portée de cet accord s’est toutefois immédiatement fracassée contre la réalité militaire du terrain. Contrôlant l’Est et le Sud du pays, territoires stratégiques qui abritent la quasi-totalité des gisements d’hydrocarbures de la nation, le maréchal Khalifa Haftar a promptement désavoué le calendrier fixé par les trois institutions. Par le biais d’un communiqué du Commandement général des forces armées arabes libyennes (LNA), le clan de Benghazi a ostensiblement ignoré la date butoir du 17 février 2027.
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Pour justifier sa prise de distance, l’état-major d’Haftar s’est empressé d’accorder son soutien exclusif au plan alternatif porté par Massad Boulos, l’envoyé spécial du président américain Donald Trump pour l’Afrique. Ce projet de transition piloté par Washington, jusqu’alors accueilli avec réserve, préconise un rapprochement politique direct et une redistribution des richesses pétrolières entre Tripoli et l’appareil militaire de l’Est. Tout en affirmant travailler de son côté sur une feuille de route autonome pour « organiser des élections dans les meilleurs délais possibles », le maréchal Haftar refuse délibérément de s’enfermer dans un agenda qu’il n’a pas lui-même dicté, confirmant le poids prédominant des armes sur les décisions parlementaires.
Ce nouveau télescopage diplomatique illustre la pérennisation de la fracture territoriale de la Libye, divisée entre deux administrations rivales et soumise aux allégeances mouvantes de milices armées. Depuis le succès des premières élections législatives post-Kadhafi en 2012, le pays n’a cessé de s’enfoncer dans des guerres intestines, exacerbées par des interférences de puissances régionales et internationales.
En refusant d’aligner ses troupes derrière l’accord du 18 juin 2026, le clan Haftar conserve sa position de force. Pour les observateurs de la crise libyenne, l’absence de consensus militaire global condamne cette énième tentative de transition politique à subir le même sort que les initiatives onusiennes antérieures, maintenant le peuple libyen dans l’attente d’une hypothétique réunification nationale.