Connaissez-vous la Cascadie ? Ne la cherchez pas sur la carte, cette région transfrontalière qui s’articule autour des villes de Portland et de Seattle dans le Nord-Ouest des États-Unis et de leur voisine canadienne Vancouver, existe surtout dans la tête de ses habitants. Elle est parfaitement incarnée par une rivalité très particulière entre les supporters de ses trois grands clubs (d’ailleurs autant chez les hommes que chez les femmes).

Ron Krabill, professeur à l’Université de Washington située à Bothell, dans la banlieue de Seattle, a longuement étudié cette culture locale des supporters. Pour lui, le caractère binational et triangulaire de cette rivalité qui remonte à 50 ans, mine de rien, ne permet pas de parler de « derby », mais cela n’enlève rien à son intensité !

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Au contraire : elle est même à l’origine d’une compétition à part entière : la « Cascadia Cup », un trophée inventé et attribué par les supporters eux-mêmes chaque année au club ayant remporté le plus d’affrontements directs entre les trois villes durant le championnat. Et quand la grande ligue, la MLS, a tenté de faire main basse sur cette mini-compétition en enregistrant son nom comme marque déposée, les supporters réunis se sont défendu becs et ongles en formant une entité juridique et en portant plainte devant la justice, qui a fini par leur donner raison.

C’est donc une rivalité surplombée par des luttes communes. Comme le révèle l’enquête menée par Ron Krabill, les prises de position mises en scène dans les stades comme le combat contre le fascisme rampant (il y a du boulot) ou le combat contre le harcèlement sexuel dans le sport (idem) contribuent fortement à renforcer une identité partagée, à la fois dans leur passion pour le soccer et dans les attitudes progressistes qu’ils attribuent à leurs villes et leur région.

Consommateurs blasés, les Américains ? Bien au contraire : supporters engagés, soucieux de préserver la signification collective du football qui se reflète dans les sentiments d’appartenance. 

Cette chronique est issue d’une collaboration avec la revue Football(s). Histoire, culture, économie, société dont le numéro 8 (mai 2026) fait un « voyage au pays du soccer ». Pour en savoir plus, cliquer ici.