Le gouverneur de la Banque nationale d’Éthiopie (NBE), Eyob Tekalegn, a rencontré voici quelques jours à Washington Neil Beck, représentant adjoint des États-Unis pour l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et les relations commerciales multilatérales. Une entrevue qui induit une nouvelle étape dans le long processus d’adhésion du pays Est-africain à l’organisation, entamé il y a plus de vingt ans.
Selon Eyob Tekalegn, les réformes économiques engagées ces dernières années, notamment dans les secteurs bancaires et des télécommunications, témoignent de la volonté d’Addis-Abeba d’intégrer pleinement le système commercial mondial. « Lors de la rencontre, le gouverneur a fait le point sur la sixième réunion du Groupe de travail sur l’adhésion de l’Éthiopie à l’OMC, en soulignant les principales réformes mises en œuvre depuis cette étape » rapporte l’Agence de presse officielle du gouvernement éthiopien.
Un processus relancé après plusieurs années d’interruption
C’est en 2003 qu’ont débuté les premières démarches pour l’adhésion de l’Éthiopie à l’OMC. Mais le processus a rapidement été suspendu, freiné par les contraintes d’une économie largement administrée et des considérations politiques internes. Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir du Premier ministre Abiy Ahmed et le lancement en 2019 du Home-Grown Economic Reform Agenda, pour que le pays relance officiellement sa marche.
Ce vaste programme de réformes vise à rapprocher l’économie éthiopienne des standards internationaux, à renforcer sa résilience et à encourager l’initiative privée. Parmi les évolutions importantes figurent la libéralisation progressive du marché des changes amorcée en 2024, et la création de la Bourse d’Addis-Abeba, inaugurée en janvier 2025. Objectif : dynamiser le financement des entreprises locales et attirer les capitaux étrangers.
Le gouvernement a aussi mis en place une société nationale d’investissement chargée de centraliser la gestion des entreprises publiques, d’améliorer leur gouvernance et de piloter les programmes de privatisation. Parallèlement, une ouverture sectorielle progressive s’opère. Le secteur des télécommunications a été partiellement libéralisé dès 2021 avec l’octroi d’une première licence privée à Safaricom Ethiopia, tandis que le secteur bancaire s’est ouvert aux capitaux étrangers fin 2024.
Des réformes qui traduisent une volonté d’aligner les pratiques commerciales du pays sur les règles de l’OMC. Selon Kassahun Gofe, négociateur en chef du processus d’adhésion, l’Éthiopie s’engage également à appliquer des droits de douane maximaux inférieurs aux seuils de référence pour les pays les moins avancés (PMA), notamment dans le secteur agricole.
Déjà engagée dans des discussions bilatérales avec douze membres de l’organisation, Addis-Abeba a réaffirmé son intention d’intensifier ces négociations pour achever un processus perçu comme une étape clé de sa modernisation économique.
Objectif mars 2026
En mars 2025, lors de la 5e réunion du Groupe de travail sur l’adhésion, le gouvernement éthiopien avait réitéré sa volonté de conclure le processus dans un délai d’un an, malgré un contexte mondial marqué par la montée du protectionnisme et un certain scepticisme à l’égard du multilatéralisme. À Washington, Eyob Tekalegn a de nouveau confirmé cet objectif, précisant que son pays souhaite finaliser son adhésion d’ici mars 2026, à l’occasion de la 14ᵉ Conférence ministérielle de l’OMC, prévue à Yaoundé au Cameroun.
Dans un pays encore dominé par l’agriculture et les entreprises publiques, cette ouverture représente tant une opportunité qu’un défi. Pour Addis-Abeba, l’adhésion à l’OMC constitue un levier de compétitivité et de diversification, mais aussi un moyen de renforcer sa crédibilité sur la scène internationale.
Pour une OMC secouée ces dernières années par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine, l’intégration de l’Éthiopie représente une perspective stratégique : celle d’accueillir le deuxième pays le plus peuplé d’Afrique, dont la croissance dépasse régulièrement 6 % depuis 2020, et qui s’impose peu à peu comme l’une des locomotives économiques du continent.