L’ambition européenne de Binance se heurte à un obstacle de taille. La multinationale a officialisé le retrait de sa demande d’immatriculation MiCA auprès de la Hellenic Capital Market Commission (HCMC) en Grèce.

« Binance ne quitte pas l’Europe. Nous avons simplement une trajectoire différente pour obtenir notre autorisation. Si ce n’est pas la Grèce, je regarde d’autres alternatives », a dit Gillian Lynch, responsable Europe et Royaume-Uni de Binance à Reuters.

Ce désengagement s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes avec différentes instances de régulation européennes. Des sources proches du dossier ont fait part à l’agence Reuters d’une résistance coordonnée des autorités de régulation en Grèce, en Irlande et en Lettonie.

Un bien beau pedigree

Les régulateurs nationaux pointent du doigt l’historique de l’entreprise en matière de conformité, sa structure internationale opaque ou encore sa culture d’entreprise jugée trop risquée.

Le passé judiciaire de son fondateur, Changpeng Zhao, condamné aux États-Unis pour violation des lois contre le blanchiment d’argent dans le cadre d’un accord à 4,3 milliards de dollars, pèse encore lourdement sur les discussions, malgré les assurances de la direction actuelle.

Le passeport européen MiCA, sésame des acteurs de la crypto

L’enjeu de l’agrément MiCA est crucial pour le géant des crypto-actifs. Le règlement sur les marchés de crypto-actifs (MiCA), entré en vigueur pour harmoniser le marché unique, permet à une entreprise d’obtenir un agrément dans un seul État membre pour ensuite déployer ses services dans les 27 pays de l’Union européenne grâce au mécanisme du « passeport ».

En échouant à s’imposer en Grèce, Binance perd son point d’entrée initial à l’aube de la fin de la période de transition, fixée à la fin de ce mois.

La situation devient critique, car l’Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) s’est montrée particulièrement stricte concernant le respect du calendrier réglementaire.

L’éditeur préconise plusieurs mesures de vigilance

Bien que l’application ait enregistré plus de 4 millions de téléchargements en Europe l’année dernière, principalement concentrés en France, en Allemagne et en Espagne, l’absence de licence MiCA valide au 30 juin pourrait contraindre Bnance à restreindre ses services pour les clients européens.

Dans un communiqué officiel destiné à rassurer les marchés, la plateforme affirme que les fonds restent en sécurité, mais concède que des mesures spécifiques devront être prises.

L’éditeur préconise plusieurs mesures de vigilance :

Surveiller les notifications in-app et les courriels officiels pour identifier les restrictions locales. Évaluer la liquidité des paires de devises exploitées dans le cadre des transactions automatisées (API). Anticiper d’éventuelles procédures de conformité renforcées (KYC/KYB) liées à la migration des comptes vers une nouvelle entité européenne. La France se réserve un droit d’exception

Par ailleurs, la présidence de l’Autorité des marchés financiers (AMF) en France a déjà averti que l’Hexagone se réservait le droit de bloquer l’accès aux acteurs ayant obtenu des agréments dans des pays de l’UE aux standards jugés trop laxistes.