(Agence Ecofin) – Cette semaine en Afrique, l’épidémie d’Ebola Bundibugyo en République démocratique du Congo a franchi un double seuil symbolique : le premier cas diagnostiqué hors du continent africain, et une révision brutale à la hausse du budget nécessaire à la riposte, alors que le pic de l’épidémie n’est toujours pas atteint. En parallèle, une étude publiée dans le Lancet Infectious Diseases modélise le risque d’extension au Soudan du Sud. Dans le même temps, le Burkina Faso inaugure quatre nouveaux centres d’hémodialyse, sur fond d’ambitions de souveraineté sanitaire.

Le coût de la riposte a presque triplé : Africa CDC réclame 1,4 milliard de dollars

Lors de sa conférence de presse du 25 juin, Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC (agence sanitaire de l’Union africaine), a révélé que le coût total de la riposte à l’épidémie Ebola Bundibugyo en RDC et en Ouganda avait été revu à 1,4 milliard de dollars, soit presque le triple des 518 millions estimés début juin.

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— World Health Organization (WHO) (@WHO) June 24, 2026

Cette augmentation intègre la dimension humanitaire, jusqu’ici sous-évaluée : 69 camps en Ituri et au Nord-Kivu abritent 1,15 million de personnes déplacées, et un million d’autres vivent dans des communautés de retour sans filet de sécurité.

Au 25 juin, 910 millions de dollars avaient été promis lors d’une réunion de haut niveau de l’Union africaine, mais seulement 13 % de ce montant avaient été effectivement décaissés. « Sans ce 1,4 milliard de dollars et sans résolution de la crise humanitaire, nous ne stopperons pas cette épidémie », a prévenu Jean Kaseya.

Fortes probabilités de propagation au Soudan du Sud en 12 semaines

Une étude de modélisation publiée dans le Lancet Infectious Diseases, réalisée notamment par des équipes de l’OMS, évalue à 69,3 % la probabilité d’une propagation de l’épidémie Ebola Bundibugyo au Soudan du Sud dans les douze prochaines semaines. Les scénarios modélisés projettent entre 870 et 990 cas fin juin sous l’hypothèse centrale, 8 210 en septembre en cas de transmission soutenue, et plus de 66 000 dans le scénario le plus défavorable. Le Soudan du Sud, dont le système de santé reste particulièrement fragile, fait face à un risque élevé d’importation via les corridors miniers et les mouvements de population transfrontaliers. Ces projections restent des avertissements probabilistes, non des prévisions certaines, mais elles renforcent l’urgence d’un appui sanitaire immédiat aux pays limitrophes encore épargnés.

Un médecin humanitaire de retour de RDC diagnostiqué positif en France

Le 24 juin, la France a confirmé son premier cas de maladie à virus Ebola. Le patient est un médecin humanitaire de l’ONG Alima, de retour d’une mission en Ituri, en RDC. Asymptomatique lors de son vol depuis Kinshasa, il a développé de légers symptômes après son arrivée et a été hospitalisé dans un état stable.

#Communiqué | #Ebola – Le patient a développé des symptômes au cours de son vol de retour vers la France, où il réside habituellement. Sur place, il s’est présenté à un service d’urgence où il a été pris en charge dans des conditions strictement sécurisées afin d’éviter tout… pic.twitter.com/FNBzFBehRQ


— France en R.D.Congo ???? (@AmbaFranceRDC) June 25, 2026

Cinq passagers ayant voyagé avec lui ont été identifiés comme cas contacts et placés en isolement pendant 21 jours. Selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), le risque de transmission pour la population reste très faible.

Africa CDC précise que le médecin remplissait toutes les conditions de voyage au départ de la RDC et estime que les dispositifs de surveillance sanitaire « ont fonctionné comme prévu ».

L’Union africaine appelle à la solidarité régionale face à l’épidémie

Alors que le bilan de l’épidémie Ebola Bundibugyo continue de s’alourdir, l’Union africaine a formellement appelé ses États membres à renforcer leur solidarité et leur coordination régionale.

L’UA insiste sur la nécessité de maintenir les couloirs humanitaires ouverts pour permettre l’acheminement du matériel de réponse et le déploiement des équipes médicales dans les zones de conflit, où l’insécurité complique directement la riposte épidémique. Dans un contexte de décaissement insuffisant des fonds promis, l’appel à la solidarité concrète prend un relief particulier.

Les essais cliniques de thérapeutiques candidates contre la souche Bundibugyo doivent débuter dans les prochains jours, selon Africa CDC.

Mines d’or, camps de déplacés et M23 : les facteurs qui compliquent la riposte

L’Africa Center for Strategic Studies, une institution académique du département de la Défense des États-Unis, dans une analyse publiée le 23 juin, identifie plusieurs facteurs structurels qui expliquent pourquoi cette épidémie est la plus difficile à contenir de l’histoire récente d’Ebola.

En effet, l’épicentre de l’Ituri concentre d’importants gisements d’or ; des milliers de mineurs artisanaux travaillent dans des conditions de promiscuité extrême, sans accès à des infrastructures d’hygiène. À Mongbwalu, principale ville minière de la province, les autorités estiment que plus de 80 personnes sont décédées d’Ebola avant même que l’épidémie soit officiellement détectée.

Par ailleurs, des cas ont été confirmés dans une zone du Sud-Kivu actuellement sous contrôle du M23, ce qui entrave directement l’accès humanitaire.

Dans les camps de déplacés de Bunia, au moins 30 décès aux symptômes compatibles avec Ebola ont été recensés dans un seul camp hébergeant 15 000 personnes.

En réponse, Dr. Samuel Roger Kamba Mulamba, ministre congolais de la Santé, a annoncé le 21 juin un programme pilote de soins gratuits pour toutes les maladies en Ituri, en vue d’améliorer la détection précoce et à inciter les patients à consulter sans crainte du coût.

Burkina Faso : quatre nouveaux centres d’hémodialyse, tarifs réduits de 80 %

Dans le Sahel, le Burkina Faso se dote de nouveaux centres d’hémodialyse. Le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo a inauguré ces infrastructures (implantées à Banfora, Dori, Dédougou et Fada N’Gourma) le 20 juin dernier.

Pour un investissement global dépassant 1,2 milliard de francs CFA, ces centres permettront d’offrir environ 45 000 séances supplémentaires de dialyse par an, portant la capacité nationale à plus de 200 000 séances annuelles. Le Burkina Faso compte désormais douze centres d’hémodialyse, contre cinq avant l’arrivée au pouvoir du MPSR2.

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Parallèlement aux nouvelles infrastructures, le gouvernement a supprimé la caution de 500 000 FCFA autrefois exigée aux patients en phase terminale et réduit le tarif de la séance de 15 000 à 2 500 francs CFA, soit une baisse de 80 %. Six centres supplémentaires sont du reste prévus dans d’autres villes dans le cadre du Plan RELANCE, ainsi que deux méga-centres dans les régions du Kadiogo et du Guiriko.

Pour le Pays des hommes intègres, ces réalisations s’inscrivent dans la Stratégie nationale de développement sanitaire (SNDS) 2026-2030, dotée d’un budget de 3 943,6 milliards de francs CFA.

Nutrition en Afrique : l’OMS appelle à accélérer pour rattraper un retard persistant

Le bureau de l’OMS en République du Congo alerte sur la persistance du retard de l’Afrique en matière de nutrition et appelle à une accélération urgente des actions dans la région africaine. 30 % des enfants de moins de cinq ans souffrent encore d’un retard de croissance en Afrique, un taux largement supérieur à la moyenne mondiale de 22 %.  

À l’échelle continentale, les objectifs fixés pour 2025 n’ont pas été atteints : aucun pays africain n’est sur la trajectoire requise pour les cibles relatives à l’anémie chez les femmes en âge de procréer. La malnutrition chronique pèse directement sur la capacité des populations à résister aux chocs sanitaires, comme le démontre l’épidémie Ebola en cours dans l’est de la RDC, où plus de la moitié des enfants de moins de cinq ans de la province de l’Ituri souffrent déjà de malnutrition chronique.

L’intégration d’actions nutritionnelles dans les plateformes de soins de santé primaires, le renforcement de la législation alimentaire et les mesures fiscales sur les aliments non nutritifs sont présentés comme des leviers prioritaires. 

Sénégal : premiers cas de chikungunya de l’année signalés dans six régions

Au Sénégal, le chikungunya se manifeste dans six régions. Le ministère de la Santé a signalé les six premiers cas confirmés de chikungunya de l’année 2026, enregistrés au cours de la semaine se terminant le 13 juin. Ces cas sont répartis dans six régions distinctes du pays, sans concentration géographique apparente. Aucun décès n’a été rapporté pour l’heure.

Le chikungunya est une maladie virale transmise par les moustiques Aedes (les mêmes vecteurs que la dengue et le Zika), provoquant une fièvre aiguë accompagnée de douleurs articulaires souvent invalidantes. Aucun traitement spécifique n’existe ; la prise en charge reste symptomatique.

Le Sénégal connaît des épisodes cycliques de chikungunya, particulièrement dans les régions de l’est du pays où la circulation du virus est endémique. La détection précoce de ces premiers cas en début de saison des pluies est un signal de surveillance épidémiologique important, d’autant que les conditions pluviométriques favorables à la multiplication des vecteurs devraient s’intensifier dans les prochaines semaines dans l’ensemble de la région sahélienne.

Ayi Renaud Dossavi