Le Ghana veut rejoindre la vague de pays miniers africains qui ont ajusté leur fiscalité pour s’adapter à la hausse record du prix de l’or ces dernières années. Premier producteur africain du métal jaune, le pays prévoit d’introduire au Parlement un projet de loi visant à augmenter la redevance perçue par l’État sur les ventes, une décision déjà prise par le Mali, la Côte d’Ivoire ou encore le Burkina Faso.
Selon les détails relayés la semaine dernière par Reuters, le pourcentage que l’État percevrait sur les revenus des ventes d’or passerait d’une fourchette de 3% à 5% actuellement à un minimum de 9%. Le taux de redevance atteindrait ensuite 12% pour un prix de l’or supérieur ou égal à 4 500 dollars l’once (environ 3900 euros).
Selon Isaac Tandoh, PDG par intérim de la Minerals Commission, le régulateur du secteur minier ghanéen, cette formule sera présentée aux députés d’ici mars 2026, et permettrait de maintenir les investissements miniers tout en augmentant les revenus publics lorsque les prix de l’or sont plus élevés.
Une tendance régionale
La volonté de maximiser les revenus générés par l’exploitation aurifère, dans le contexte de la hausse significative des prix de ce métal précieux, est partagée par d’autres pays d’Afrique de l’Ouest qui font partie des principaux producteurs mondiaux. En 2024, le World Gold Council estime que la production d’or cumulée du Ghana, du Burkina Faso, du Mali et de la Côte d’Ivoire a dépassé 392 tonnes, soit plus de 10 % de la production globale cette année.
En 2023 où le prix de l’or a terminé l’année avec une hausse d’environ 15%, le gouvernement burkinabè a décidé d’une modification du taux de redevance sur le métal jaune, avec le seuil maximal qui est passé de 5 à 7%. À l’époque, l’or se négociait à environ 2 000 dollars l’once. Deux ans plus tard, son prix a plus que doublé, et il s’échange désormais à environ 4 600 dollars l’once.
Dans ce laps de temps, le Mali en 2024, puis la Côte d’Ivoire en 2025, ont également adopté une hausse des redevances perçues auprès des producteurs d’or sur leurs ventes. Le Mali a remplacé son taux fixe historique de 3% par un barème mobile, imposant jusqu’à 7% lorsque le prix atteint 2 500 dollars l’once. Au-delà, les compagnies minières doivent s’acquitter d’une taxe supplémentaire de 0,5% pour chaque hausse de 400 dollars.
Concilier attractivité et revenus en hausse
L’augmentation de la taxe sur les ventes d’or dans plusieurs pays producteurs en Afrique de l’Ouest s’inscrit plus largement dans une tendance au nationalisme des ressources. Surtout observée dans les pays de l’Alliance des États du Sahel (formée par le Burkina Faso, le Niger et le Mali), cette montée du nationalisme des ressources se traduit par une volonté des autorités de renforcer les intérêts nationaux dans le secteur minier, au détriment des acteurs étrangers. Le Burkina et le Mali ont ainsi adopté de nouveaux Codes miniers augmentant la participation nationale dans les mines, avec jusqu’à 50% au Burkina Faso et 35% au Mali.
Dans ces pays, l’exploitation minière, et plus particulièrement la production d’or, constitue en effet un moteur de l’économie. Le secteur minier y représente respectivement 15 % et 10 % du PIB, et plus de 20 % des revenus de l’État. Si le Ghana et la Côte d’Ivoire sont légèrement moins dépendants du secteur minier, ces gouvernements estiment eux-aussi que les revenus tirés des ressources de leur sous-sol ne sont pas à la hauteur du potentiel.
Les réformes fiscales entreprises ces dernières années, et favorisées par la hausse des prix du métal jaune, sont censées rééquilibrer le partage de la manne aurifère entre les États et les compagnies minières. Elles ne se sont néanmoins pas déroulées sans accroc, les sociétés estimant que les changements de règles pénalisent l’attractivité des pays concernés pour l’investissement minier.
Le Ghana a annoncé en novembre 2025 son intention de supprimer une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) de 15% appliquée aux dépenses liées à l’exploration minière, afin de stimuler de nouveaux investissements dans le pays. La décision de revoir à la hausse les taxes perçues sur les ventes d’or peut alors sembler contre-intuitive dans ce contexte, et il faudra voir quel accueil les compagnies minières réservent à cette mesure.
Après quelques remous au Mali et au Burkina Faso, l’augmentation des taxes et de la participation de l’État n’a pas réellement affecté la production d’or, même si certains producteurs cherchent à réduire leur dépendance à ces pays. La Côte d’Ivoire, reconnue dans la sous-région pour son climat des affaires attractif, accueille plus que jamais de nouveaux investissements dans l’exploration aurifère, alors que de nouvelles mines d’or y sont en construction.