Lauréat 2025 du programme d’échange Strasbourg/Francfort du CEAAC (Centre européen d’actions artistiques contemporaines) , Alexandre Caretti s’était déjà intéressé à l’idée d’Europe avec une exposition présentée dans la cité allemande, se concentrant sur les institutions financières comme la BCE.

Après une résidence strasbourgeoise de trois mois, le diplômé de la Haute école des arts du Rhin poursuit son travail, autour de la démocratie, cette fois, l’intitulant Traduttore, traditore (traducteur, traître).

« Au premier étage, l’espace est vide, symbolisant les bâtiments du Parlement européen entre les sessions. Au second, il s’anime de manière onirique, comme une métaphore des plénières », souligne Agnès Biro, commissaire de cette intelligente exposition. Et l’artiste de compléter : « Dans le contexte politique actuel, la question de savoir ce qu’est être un Européen est centrale. »

Espace bureaucratique simulé

Alexandre Caretti a ainsi disposé des éléments de mobilier venus du Parlement européen – les chaises bleues aisément reconnaissables signées Avant Travaux Architectures –, installant aussi des lisses de bois récupérées au conseil de l’Europe. Nous voilà dans un espace bureaucratique, connecté à sa fonction grâce à d’infimes détails (pièces, billets, photographies prises in situ…), dont il est possible de douter de l’efficacité. Une métaphore de l’état de l’UE ?

Au-dessus, l’atmosphère est radicalement différente, plus onirique : dans la pénombre, éclairée par une grande étoile qu’on dirait tombée du drapeau européen, se découvrent, posées sur un bureau/hémicycle, des sculptures animées comme Attirance magnétique (où des pièces de monnaie réalisent une chorégraphie aléatoire cliquetante) ou On part en tour du monde , tournoyant globe terrestre en charpie, reflet d’une planète déprimée.

Face à ces « machines inutiles » sur lesquelles plane l’ombre de Tinguely, on se dit que la vision de l’Europe d’Alexandre Caretti hésite entre espoir que quelque chose soit (encore) possible et critique de la forme actuelle d’une Union européenne en panne de sens.

Le plasticien part bientôt en résidence à Dublin, histoire de continuer son exploration des avatars de l’idée européenne, puisque l’Irlande prendra la présidence tournante de l’UE en juillet.

Jusqu’au 6 septembre dans le Project Space du CEAAC (7 rue de l’Abreuvoir à Strasbourg). Ouvert du mercredi au dimanche de 14 à 18 h. Entrée libre. www.ceaac.org