Avec ce préambule, la Fundación Alternativas a présenté au siège du Centre d’Études Supérieures de la Défense Nationale (CESEDEN) un rapport dans lequel elle préconise qu’« il est temps pour l’Europe de faire face à cette nouvelle situation, de protéger nos intérêts et nos valeurs, de reconsidérer la sécurité et la défense européennes et d’examiner les politiques et initiatives possibles permettant son adaptation au scénario qui se dessine ».

Rédigé par le consultant Carlos Martí Sempere, la présentation du rapport a été accueillie au CESEDEN par son directeur, le lieutenant-général Miguel Ballenilla, et a bénéficié d’une intervention spéciale du directeur de la Division de Coordination des Études de Sécurité et de Défense, le général de brigade Paulino García Diego, ouvrant ainsi le débat sur ce document de travail : Le chemin vers une Europe plus autonome et souveraine. Propositions pour réduire sa dépendance militaire et technologique.

De izquierda a derecha: la periodista Marina Pina, el vicepresidente ejecutivo de la Fundación Alternativas, Diego López Garrido, y el consultor Carlos Martí Sempere, durante la presentación del informe El camino a una Europa más autónoma y soberana en la sede del CESEDEN -  - PHOTO/Pedro González
De gauche à droite : la journaliste Marina Pina, le vice-président exécutif de la Fondation Alternativas, Diego López Garrido, et le consultant Carlos Martí Sempere, lors de la présentation du rapport « La voie vers une Europe plus autonome et souveraine » au siège du CESEDEN – – PHOTO/Pedro González

L’objectif du rapport et du débat est de réviser l’architecture actuelle de la sécurité européenne et sa capacité à parvenir à une Europe stratégiquement plus autonome et souveraine, principalement vis-à-vis des États-Unis et de la Chine.

Avec les interventions du vice-président exécutif de la Fundación Alternativas, Diego López Garrido, et de l’auteur du rapport lui-même, Carlos Martí, sous la modération de la journaliste Marina Pina, experte des questions de Défense, le rapport apporte une analyse intégrée des éléments qui conditionnent cette autonomie : politiques, institutionnels, opérationnels, économiques, technologiques et industriels. Il met en lumière les faiblesses, les vulnérabilités et les besoins, ainsi que les raisons ou les obstacles qui peuvent entraver son amélioration. Par cette démarche, la Fundación Alternativas affirme vouloir contribuer à l’avancement des politiques de défense sur la voie d’une plus grande autonomie stratégique, tant pour l’Espagne que pour l’ensemble de l’Union.

Le rapport commence par détailler les domaines et les actions qui ont façonné une situation internationale différente, en particulier le tournant des États-Unis vers une attitude plus transactionnelle et le renforcement du leadership industriel et technologique de la Chine, avec l’augmentation corollaire de son influence mondiale.

Il explique la situation actuelle des capacités européennes de défense, en mettant l’accent sur la fragmentation et les duplications entre les différents pays européens, ce qui affaiblit l’optimisation des budgets de l’ensemble. À cet égard, le document reconnaît également que « réduire les lacunes exige des investissements élevés et soutenus dans le temps ».

Le rapport présente également une série de graphiques dans lesquels se distingue, entre autres, la comparaison des dépenses de défense des principales puissances, montrant un avantage colossal des États-Unis sur la Chine et l’UE elle-même, bien que cette dernière double pratiquement la Russie dans tous les domaines, tandis que l’Inde émerge comme une grande puissance en plein essor.

<p>El avión de alerta temprana KJ-500 se muestra en la Exposición Internacional de Aviación y Aeroespacial de China - REUTERS/ ALY SONG</p>
L’avion d’alerte précoce KJ-500 est présenté au Salon international de l’aviation et de l’aérospatiale de Chine – REUTERS/ ALY SONG

En ce qui concerne la base technologique et industrielle, il reconnaît que celle de l’Europe est fragmentée, ce qui empêche et complique l’obtention d’économies d’échelle, de gamme et d’apprentissage. L’Europe reste dépendante de fournisseurs externes pour certaines technologies essentielles. Il est également souligné que les chaînes d’approvisionnement et de matières premières sont partiellement étrangères et donc vulnérables. À cela s’ajoute le constat que le manque de personnel qualifié constitue un autre problème majeur du secteur.

On en arrive ainsi au chapitre des propositions, que le rapport résume de la sorte : Promouvoir des instruments de coordination plus agiles et plus efficaces ; récupérer des capacités stratégiques clés ; élaborer un budget conforme à l’autonomie souhaitée ; coordonner les dépenses européennes de défense pour gagner en efficacité ; réduire les dépendances externes ; et examiner les progrès réels par rapport des priorités fixées pour 2030 par le Livre Blanc de la Défense 2030.

Le rapport consacre également un chapitre spécifique au rôle de l’Espagne. Il y est indiqué que bien que notre pays soutienne la Politique de Sécurité et de Défense Commune (PSDC) de l’Union Européenne et une plus grande autonomie stratégique de l’Europe, « il existe d’importantes nuances de divergence, telles que la perception de la menace ou la priorité des dépenses de défense ». Il souligne que l’Espagne a augmenté son budget de la défense, géré par le Ministère de la Défense, pour atteindre 2 %, « bien qu’elle ne soit pas parvenue à consommer le budget prévu pour 2025 ».

La conclusion de l’étude est que « l’autonomie stratégique demeure davantage une aspiration qu’une réalité ». Pour concrétiser cette dernière, elle préconise une plus grande intégration politique, ce qui exige parfois un abandon de souveraineté pour parvenir à des consensus. Elle avertit que la transformation industrielle et militaire sera lente et coûteuse. Elle rappelle également que la coopération transatlantique reste pertinente et prescrit que « l’Europe a besoin d’une vision stratégique, d’investissements et d’une coordination opérationnelle et industrielle soutenue ».